A l’Opéra de Nancy : « oh ! che bella italiana ! »

Posté le 21 février 2012

Plus que belle, époustouflante ! On l’a enfin la vraie « Italienne à Alger ». Après les regrettées Horne, Terrani, Dupuy…, toujours présentes dans nos oreilles, on attendait Lemieux, elle est arrivée. Ouf !  Ras le bol d’entendre et de voir des pseudo « Italiennes » dans la plupart des théâtres. Avec la production bordelaise, j’avais écrit que l’Italienne à Alger n’était pas une opérette de Lopez, mais un opéra avec des grandes et belles voix.
Marie-Nicole Lemieux possède tout, un charme fou, un magistral contralto, des aigus percutants, un jeu scénique exalté…Tous les ingrédients pour ce rôle là. Elle insuffle à tous ses airs les nuances charnelles et brillantes voulues par le rôle. Qu’ils paraissent courts ! On est sous son charme. Elle a pour partenaires, le jeune chinois Yijie Shi, qui enchante la salle avec un timbre à la Florez et une naturelle virtuosité. Tous les autres rôles sans les citer sont à leur place, chantent, jouent et s’amusent et le public est heureux. Grande soirée. L’orchestre y est aussi pour beaucoup. Paolo Olmi à la tête de l’orchestre de Nancy participe et s’implique dans chaque note.
Reste la mise en scène ou devrais-je dire la magnifique scénographie. Le décor, imposante carcasse d’avion suite à un crash dans une forêt tropicale, je suppose, car beaucoup de bambous. Très beau mais trop envahissant sur le plateau de Nancy. J’ai cru comprendre que ce gigantesque décor et ce lieu inconnu où se déroule l’action, étaient volontaires afin de ne pas brusquer, choquer ou éveiller d’éventuelles interprétations entre les deux civilisations présentes dans le livret. Stop à cette sombre hypocrisie ! Sous prétexte d’histoires racistes, ethniques, politiques, sociales, sexuelles.. on ne va tout de même pas changer toutes les histoires d’opéra pour aller dans le sens du poil de certaines personnes qui y voient et verront toujours ces questions là. La liste est longue dans le monde des livrets d’opéra. Les histoires de ces opéras existent. En les écoutant et en les voyant chacun se raconte les siennes avec sa propre conscience et ses propres valeurs. Le spectacle n’est-il pas fait pour ça ? Aussi, je préfère que les metteurs en scène affichent soit clairement un parti pris, une idée ou soit tout simplement présentent l’oeuvre dans une convention totale plutôt que d’essayer de masquer l’intrigue par des non dits et des fouillis d’idées floues en utilisant le plus souvent des effets scéniques vulgaires et gratuits de pure provocation à des fins uniquement médiatiques (très en vogue actuellement dans certaines salles d’opéra). A Nancy, même si le décor est dans l’exagération, il fonctionne très bien car nous sommes dans un opéra bouffe. Cette production de « l’Italienne à Alger » est une merveille.

Jean-Claude Meymerit