Opéra de Bordeaux : deux Butterfly avec une seule aile

Posté le 30 septembre 2011

Décidément l’Opéra de Bordeaux adore ce jeu ambigu de deux distributions dites A et B. Comme je l’ai souvent mentionné cette classification perturbe l’esprit. Dans la plupart des têtes il est évident que le A est meilleur que le B. Dans la plupart des théâtres lyriques on parle d’alternance ou double distribution. Ainsi tous les artistes sont a égalité aux yeux du public. Sauf à Bordeaux ! Allez savoir !
J’ai bien sûr assisté aux représentations avec les deux distributions. Dans les deux, une direction d’orchestre de Julia Jones assez déroutante tout au moins au cours des premières représentations avec des ralentissements, du laisser aller avec les cuivres aux endroits ou une caresse musicale devrait intervenir laissant émerger les voix au lieu de les couvrir. Défauts que je n’ai plus retrouvé à l’avant dernière. Bien au contraire j’y ai entendu une lecture plus appliquée, précise, racontant presque l’histoire, un miracle !
Heureusement que des voix comme celle de la magnifique Alketa Cela en Madame Butterfly, et du très intelligent Pinkerton en la personne de Chad Shelton nous absorbent. Quel couple harmonieux et ceci sur toute la ligne. On croit en leur histoire et nous sommes émus. Je n’en dirais pas autant avec le couple Gilles Ragon et Cécile Perrin qui donnent à leurs personnages des allures guignolesques au lieu d’une simple lecture tragique puccinienne. Pour Gilles Ragon, quelle désolation son Pinkerton. Aucun sentiment, gesticulation inutile, aucune précision dans les gestes, notes tonitruantes à tout vent. A force de vouloir tout chanter, voilà ! Tant qu’à Cécile Perrin il semble qu’elle ait confondu tous les rôles de son répertoire. En tout cas elle n’est vraiment pas une Butterfly. Dommage, pour une prise de rôle !
Alors que pour la même prise de rôle, Alketa Cela chante, joue et émeut avec beauté et aisance. Dès les premières notes de son entrée, son timbre nous envahit et ne nous quitte pas. Nous savons ainsi que nous allons apprécier une vraie Butterfly ! Toute la soirée on est suspendu à ses lèvres. Elle est habitée par Puccini car elle aime Puccini cela se voit et s’entend. A quand sa Mimi à Bordeaux ? Chez son partenaire Chad Shelton, il suffit de l’entendre et de regarder son jeu et l’on comprend aussitôt les intentions psychologiques de Pinkerton. Même si la voix n’est pas d’une grande puissance « voyante », on l’écoute avec attention car tout chez lui est juste et tout nous invite à l’émotion. Tout le contraire d’un chanteur “beuglard”.
Si je fais l’impasse sur tous les autres rôles des deux distributions c’est que tous campent et interprètent parfaitement leurs personnages. Jusqu’aux plus petits, tous sont à leur place et chantent. On les écoute vraiment et on les applaudit.
En ce qui concerne la mise en scène de Numa Sadoul, du beau et du moins beau, des effets utiles et inutiles, du vu et déjà revu, en clair trop d’années sont passées depuis la première. Aussi, est-ce peut-être la faute à cette mise en scène si nos mouchoirs sont restés dans nos poches ?