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Archive pour mai 2011

La Belle Hélène à l’Opéra de Bordeaux : de l’opéra-bouffe à l’opéra-plouf !

La déesse Venus avait donné à Frédéric Maragnani de très efficaces ingrédients.
Une Belle Hélène (Maria-Riccarda Wesseling) à la diction à faire pâlir de jalousie certaines chanteuses françaises, un Pâris (Sébastien Droy)) au beau timbre et beau gosse. Un Oreste (Christine Tocci), un Agamennon (René Schirrer), un Calchas (Philippe Ermelier) tous des plus efficaces et surtout un remarquable Ménélas (Rodolphe Briand) à la superbe précision d’interprétation. Ces trois derniers, dans le célèbre trio, sont éclatants. C’est un bijou. Sans oublier tous les autres rôles, parfaits.
Les décors (ou le décor) sont beaux et imposants. Toute ressemblance avec certains lieux architecturaux bordelais n’est pas un pur hasard mais bien souhaitée par le metteur en scène. Quelle chance ! Enfin la célèbre caserne des pompiers de la Benauge des bords de Garonne repeinte.
Mais alors pourquoi avec tous ces excellents ingrédients (y compris les perruques choucroutes très drôles, les traditionnelles chaises longues, la voiture électrique…) le spectacle reste assez pâlot ? On s’y ennuie. Tout le monde en effet ne s’appelle pas Laurent Pelly. Vouloir copier, oh, que c’est vilain !
Dans une ambiance année soixante les chanteurs semblent être livrés à eux-mêmes. Être metteur en scène de théâtre ne veut pas dire être metteur en scène d’opéra ? Ce n’est pas non plus en faisant gesticuler quatre danseurs qui « s’époumonent les jambes », à force de vouloir faire impression. Le pire de l’ennui vient surtout du rôle donné au magnifique choeur de l’Opéra de Bordeaux. Les pauvres chanteurs me font pitié. J’avais envie de leur hurler, réveillez-vous ! Ils entrent, ils sortent à la queuleuleu et chantent. Encore auraient-ils représenté des choeurs antiques, même à la sauce sixties, pourquoi pas ! Mais être posés là en potiches et figés, c’est triste pour eux et pour nous. Quelle chape de béton dans cette magnifique partition d’Offenbach. Claude Schnitzler à la tête de Orchestre national de Bordeaux Aquitaine s’applique, mais ne donne pas ce côté de fantaisie et tendresse qu’exige la pétillante partition de cet opéra dit bouffe.



Ce soir, j’ai applaudi l’écran !

Emporté par un enthousiasme à basculer d’un balcon (si j’avais été bien sûr, dans une vraie salle d’opéra), j’ai applaudi un écran de cinéma. En effet, je me trouvais ce samedi 14 mai dans une salle ordinaire d’un cinéma, à une retransmission en direct du Metropolitan de New York. Une salle moyennement remplie. C’est vrai qu’aller assister à une représentation de la Walkyrie un samedi fin d’après-midi dans un complexe cinématographique de banlieue, cela tient plus d’une erreur d’aiguillage de tramway qu’à une volonté de plaisir à se cultiver. Ceci dit, moi j’y étais. Et tant mieux pour moi et dommage pour les absents. Quelle soirée !
A l’affiche, les plus beaux chanteurs du moment dans ces rôles wagnériens (Siegmund et Sieglinde). Vous vous impatientez de savoir qui ? : Jonas Kaufmann et Eva-Maria Westbroek. Pour moi, ce sont actuellement sur la planète les deux meilleurs chanteurs pour aborder ces deux rôles du frère et de la soeur jumelle (et pourtant j’en vois et j’en entends). Le metteur en scène avait même ajouter à Kaufmann quelques longueurs de plus dans sa chevelure, si bien qu’ainsi, ils arrivaient à se ressembler. Leurs voix, somptueuses. Du chant, rien que du chant ! Tout y est beau et merveilleusement bien fait. Le aigus de Siegmund aussi tranchants que son épée, le timbre et le moelleux de Sieglinde aussi vrai que sa douceur de visage et de jeu.
A la fin de leur duo du premier acte, lorsque le rideau se ferme sur eux à 6 000 km de là, l’émotion est entrée jusqu’au bout des poils de duvet de la peau. On restent béas et cloués avec un sentiment d’impuissance face à ces moments de grâce. Puis tout à coup, une fois ce moment indescriptible passé, les mains se rapprochent brutalement et sans contrôle expriment tout leur contentement. Ce soir, j’ai applaudi l’écran. Tant pis !



Pardon ! je n’ai pas la téloche ! C’est grave ?

Je me trouve à discuter avec trois personnes de mes connaissances. On parle de tout et de rien et l’on rit, bref on passe un super moment.
Comme toujours dans ce genre de détente, notre (la vôtre) sainte télé fait son entrée par la grande porte. Le slogan « vu et entendu à la télé » frappe toujours.
Un de mes interlocuteurs se référant à une émission de télé vue la veille, me demande avec la phrase qui inévitablement tue : « tu l’as vue » ?
« Non, car je n’ai pas la télé » annonçai-je ! C’est alors qu’un bug fait son entrée dans les cerveaux de mes interlocuteurs. J’entends les sous-entendus : il n’a pas la télé ? Le pauvre ! Comment fait-il pour vivre ? On ne peut plus discuter avec lui, car il ne sait pas ! etc…
Une fois cette onde choc passée et qu’ils aient acceptée ma maladie incurable, un dialogue de haut vol s’instaure :
- comment fais-tu pour te tenir informé de l’actualité ?
- j’écoute la radio !
- oui, mais ce n’est pas complet, il n’y a pas les images ! (sic) et quelles radios ? . Attention, cela va faire mal ! me dis-je tout bas et balance : « j’écoute de préférence les radios du secteur public ». En effet, l’effet escompté jaillit. Stupéfaction générale. Dans leurs têtes, « non content de ne pas avoir la télé, il n’écoute que les radios publiques ». Voyant le désarroi des visages en face de moi, je rajoute : …et Radio classique.
Je me mets à leur place. Ils avaient devant eux un individu qui n’avait pas vu les déferlements d’images détaillées d’un accident mortel de la route ou celles des gros plans fardés des maquillages outranciers des intervenants de débats stériles.
Cependant, lorsque je leur signale que sur Radio France « il y a aussi » des informations et émissions sur l’actualité politique, sociale, culturelle, sportive, internationale etc…et que sur Radio Classique j’ai écouté pendant une heure et demie François Zimeray, ambassadeur de France en charge des Droits de l’Homme, ceci agrémenté d’un programme de musique classique, la discussion tombe alors comme un soufflet trop tôt sorti du four.
Et oui ! la télé a encore frappé !