Chaises musicales à la sauce verdienne.

Posté le 30 avril 2011

Je ne pensais pas qu’en allant écouter une représentation du Trouvère de Verdi, j’allais assister à une démonstration du jeu des chaises musicales. En effet, tout semblait calme, les nombreux lycéens silencieux, le charme lyrique opérait, lorsque tout à coup en plein milieu d’un des tableaux du premier acte, le couple assis devant moi se lève, dérange tout le monde, avec bruits de fauteuils, murmures et commentaires variés, porte qui s’ouvre et se ferme, enfin bref, la totale. Côté positif, deux places se libèrent ! C’est alors que le principe des chaises musicales entre dans l’arène. Les personnes assises à côté de celles qui ont déserté se déplacent de deux crans, mais comme elles voient moins la scène, elles reculent d’un cran. Au même moment, d’autres personnes qui avaient repéré ces places libres avaient déjà entamé leur stratégie d’attaque. Marche arrière pour certains, car (je ne sais pas si vous me suivez ?), comme il n’y avait plus deux places côte à côte puisque les derniers en mouvement n’avaient repris leur marche arrière que d’un cran, ce fut la panique. De plus, et cela est bien connu : si on part de chez soi à deux pour aller voir un spectacle, il faut rester à deux, collé quoiqu’il arrive, car pour apprécier un spectacle il faut deux cases de neurones sinon rien ne va plus.

Le calme revient. Seulement, tout ceci avait distrait quelques personnes qui se sont senties obligées de boire. Donc, opération bouteilles d’eau, et les fameuses débouchonnades avec le bruit des bouteilles en plastic que l’on écrase. Et hardi petit ! chacun son flacon et sa marque. Les trois personnes pas très loin de moi venaient d’avoir subitement la pépie aiguë , car à en juger le nombre de va et vient du sac à la bouche, je voyais le moment ou d’autres envies allaient jaillir. Cette manie de boire par toute petite gorgée avec chaque fois ce rituel des plus stupides, est insupportable. Au fait, j’ai oublié de vous rappeler que nous étions à l’opéra et que les chanteurs continuaient à raconter sur scène leur déchirement familial et amoureux.

Non ! pas possible ? Encore un bruit de sièges. Un autre couple sort, avec le même bruitage de fond. À peine franchi le seuil de la porte, les chaises musicales reprennent leur rythme toujours sur un fond de Verdi. Cette fois ci les choses s’organisent mieux, c’était chacun pour soi : on descend et on remonte les marches, on regarde la scène, on se redéplace, on repart etc…aucune fixation. Entracte ! Pas de bol pour ceux qui venait de trouver enfin leur point de chute.

Le spectacle reprend et juste avant les premières mesures du célèbre air du ténor « di quella pira« , c’est reparti. Un autre couple sort avec bien sur le même scénario incontournable déjà vécu deux fois. Ce jeune couple n’a pas l’air de sortir, il reste à la porte. C’est vrai que les contre ut (même pâlots) ont dû les stopper dans leur élan.

Qu’est ce qu’ils tous ce soir à avoir la bougeotte, à sortir, à changer de place et à boire ? Par bonheur, la classe de jeunes collégiens, présente pas très loin, n’a pas bronché et a montré l’exemple du silence à respecter dans une salle de spectacle. Pourvu qu’ils ne pensent pas qu’assister à un opéra, c’est changer de places tous les quart d’heure ? Non, j’exagère !
J’ai oublié de vous dire, tout ce cirque a eu lieu à l’étage du Paradis du Grand Théâtre de Bordeaux.