L’Italienne à Alger à l’Opéra de Bordeaux : du champagne éventé !

Posté le 29 janvier 2011

Dommage ! À ma connaissance, Rossini n’est pas un producteur d’opérettes à grand spectacle ! Si le but recherché de cette Italienne de Bordeaux était de faire rire afin que la scène finale se termine avec un public en délire scandant son contentement dès le rideau baissé avec des applaudissements comme à la fin d’une opérette de Lopez, c’est gagné, mais pour moi c’est raté. Alors pourquoi cet ennui ? Cette coproduction (Madrid, Houston, Florence et Bordeaux) se veut pleine d’esprit avec un étalage dégoulinant de gags donc certains bien amenés et bien ficelés, mais cela me laisse froid. Se pose alors la première question : pourquoi faut-il que les metteurs en scène actuels, en montant un opéra-bouffe de Rossini, veulent à tout prix forcer sur les jeux de scène, les objets, les situations, alors que souvent une simple lecture en serait plus efficace ? L’histoire en soi parle d’elle-même, sans en rajouter. Ce vendredi, soir de la première, grève d’une partie des métiers du plateau et des coulisses. On nous annonce version de concert. Que cela ne tienne, un opéra en concert est souvent préférable de nos jours à certaines mises en scènes n’ayant pour but que flatter l’ego de quelques personnes en manque de reconnaissance et de certains directeurs de théâtre en recherche de scandale.
En guise de version concert, on nous présente l’élément principal du décor. Puis les interprètes costumés dans des mouvements scéniques maladroits (normal, ils improvisent) viennent chanter la partition. Comme je mettais mon ennui sur le fait d’avoir assisté à une bâtarde présentation, je revins voir la production dans sa présentation complète et ce sentiment d’ennui fut reconduit. Les envahissants mouvements, les matériels, les costumes et les gags vus et revus mille fois, évoquent un Alger et une Italie en mélangeant les clichés de leur passé avec ceux d’un faux modernisme outrancier. C’est un opéra-farce il est vrai et le sujet n’est qu’un prétexte! Côté interprètes, certes c’est bien chanté, propres et certaines voix sont belles, des timbres chauds mais pour la plupart assez faibles (le Grand Théâtre n’est tout de même pas immense !). Seulement chez tous ces chanteurs il y manque la flamme, l’énergie vocale, en clair l’engagement. Et chez Rossini, il le faut. J’en déduis qu’avec mise ne scène ou non, l’opéra passe avant tout par la voix et l’engagement de chaque chanteur. Pour illustrer ces propos, je suis allé faire un tour sur quelques images de l’Italienne à Alger montée très classiquement, voire très poussiéreuse pour nos jours, mais qu’est ce que c’est drôle ! Pourquoi ? Parce que des personnalités et des voix sont là et s’imposent dans du bouffe au service de Rossini (Horne, Dupuy, Baltsa, Berganza, Valentini-Terrani, Lamore etc…). On est alors en face d’opéra et non de spectacle de divertissement. On vibre et Rossini revit.