Que celle ou celui qui a connu une soirée pire me lance une bouchée !

Posté le 21 décembre 2010

Une amie a imaginé et espéré, en réunissant autour d’une table cinq personnes qui ne se connaissaient pas ou à peine, qu’elles allaient communiquer en s’apportant mutuellement des connaissances culturelles indispensables pour ne pas rester en cette fin d’année, complètement idiots. Beau programme de soirée d’hiver ! En clair, une soirée de recyclage culturel. Une soirée copyright de certaines mascarades bourgeoises du siècle dernier avec en moins le style et les grands noms. Savez-vous ce que c’est qu’un repas au cours duquel vous entendez pendant les deux premières heures durant, montre en main (ou portable), la même voix qui, avec la même emphase débordante de vide et d’inepties, essaie de vous inculquer une bouillabaisse culturelle à en faire vomir une oie en plein gavage de Noël ? La bêtise et l’insolence dans toute sa splendeur. A part votre serviteur qui avalait les plats servis, comme s’il finissait un jeun et que le repas de ce soir-là était une délivrance stomacale.
Dieu sait si j’ai fait des diners insipides (que j’avais décidé de plus faire). Pourquoi ai-je accepté celui-ci ? Cela était écrit, il devait avoir lieu, comme un assaut final ou tout simplement comme une exorcisation à tout jamais de ce type de soirée.
Ce soir-là, j’ai vu l’horreur du comportement humain. Le même pantin qui, pendant plus de deux heures, à trouver le moyen de nous déballer dans le moindre détail la vue qu’il a depuis son appartement à l’étranger, de nous dire qu’il possédait un enregistrement live unique de Callas dans Lucia (imaginez ma tête !) – pour votre info, il s’agit d’un enregistrement que tous les fans de Callas possèdent dans leur discothèque – de nous signaler qu’il était allé à une exposition à Paris et que la file d’attente était énorme et nous raconter une saga sur la vente de sa magnifique statuette qui coûte une fortune. Par l’étalage de ce catalogue beaucoup moins passionnant que celui de la Redoute et des 3Suisses confondus, il croyait épater la galerie en essayant de créer autour de la table une jalousie à faire baver tous les puceaux du village feuilletant toujours les mêmes pages. Il y a presque réussi, à part moi, toujours la tête dans le sauté de veau. La maîtresse de maison, elle, en transit permanent entre la cuisine et la table, avait dû tomber sur un dictionnaire de poche car chaque fois qu’elle arrivait à la table, elle nous lançait un mot clé de relance de discussion (ou plutôt monologue) dont cet hideux personnage saisissait au vol. Les trois autres convives le badaient comme les estivants d’un 14 juillet regardant un feu d’artifice le regard agars et les lèvres entrouvertes de bonheur. Je me suis levé et proposé à la maîtresse de prendre congé avant la fin du repas. Voyant son état de culpabilité de maîtresse de maison ayant raté sa soirée, me dit : je ne sais plus recevoir ! je ne sais plus réunir mes invités ! je n’ai pas su donner la parole à tout le monde ! etc… Voyant son état désespéré, je fis marche arrière et décida de reprendre mon rôle de potiche stupide inculte. C’est alors que pour couper court au vomissement culturel de ce même type, je me lançai dans ma dernière et très rare intervention, espérant tout au moins jeter un froid de moquerie : vous connaissez Libourne ? dis-je calmement. J’ai pris ma question dans la gueule comme un boomerang car un des convives (dans le rôle de la carpe de service) connaissait bien cette ville et commença à me la détailler. J’avais tout faux ! Il prenait le relais. C’est vrai qu’il n’avait pas encore parlé. J’ai repris mon masque de mec qui s’emmerde et j’ai fini le repas en mangeant et buvant à volonté sur un descriptif touristique très détaillé de Libourne…(Google peut aller bugger !).