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Archive pour décembre 2010

Quand les principes de stupidité dépassent les principes de précaution !

On ne doit pas laisser des jeunes filles mineures toutes seules dans une baignoire ! répondu par un agent d’accueil du Grand Théâtre de Bordeaux à des grands parents qui emmenaient leurs deux petites filles assister à un spectacle de ballet et qui n’ont pas pu avoir les quatre places de la même baignoire (petite loge fermée sous les galeries et légèrement surélevée par rapport aux sièges du parterre). Voilà le décor planté. Cela se passe dans un grandiose lieu culturel où la règle du risque zéro et de l’interdiction est reine.

Angoisse des grands parents car il ne restait en location que deux places dans une baignoire et deux autres celle juxtaposante. Aussi, dilemme : soit chacune des deux soeurs mineures d’une douzaine d’années sera accompagnée dans la baignoire par un des grands parents, soit, elles resteraient ensemble profiter d’un moment de bonheur entre elles, malgré la consigne stipulée par l’employée, ayant des comptes à régler avec le passé. Pas le sien, car celui-là on s’en fout, mais avec le passé de ces baignoires au cours du XVIIIe° et XIXe° siècles lorsque ces baignoires servaient plus aux contacts des chairs que celui de la musique. Qu’est ce qui se passait dans ces minuscules petits lieux. Je crois que notre charmante hôtesse avait dû recevoir de son CE, en cadeau de Noël, un livre du Grand Théâtre et se voyait en crinoline dans une de ces baignoires, le rideau à croisillons baissé. Oui car j’ai oublié de vous le dire à l’époque on était dans ces baignoires pour voir mais pas pour être vu et un rideau grillé se levait en fonction des activités pratiquées à l’intérieur. Ceci dit il ne faut pas non plus exagérer, il s’agissait le plus souvent de galants rendez-vous de personnalités hommes et femmes bien à vue dans la ville et qui venaient passer un agréable moment. On s’y voit déjà soi-même !

Là où je reste un peu dubitatif c’est au risque éventuel encouru par nos deux jeunes filles. Un acte de pédophilie ? Réfléchissons ! Afin que ces deux gamines subissent ensemble des sévices corporels d’attouchement, encore faudrait-il que ces « attoucheurs » soient également deux et dans la même baignoire. De plus, il faudrait que ces deux pervers « attaquent » en même temps et que les deux gamines, surprises, en restent bouche bée ensemble; le tout dans un silence quasi-absolu ou seule la musique de Prokofiev agirait. Bon, pourquoi pas ! Admettons ! Ou bien, un seul pervers est dans la baignoire et se précipite sur une des gamines sans que sa soeur hurle et que l’autre occupant de la quatrième place réagisse. Bon, pourquoi pas ! Admettons ! Imaginons maintenant le scénario catastrophe, mais inverse ! Que nos deux jeunes innocentes sautent sur les deux personnes bien installées sur leurs sièges. Bon, pourquoi pas ! Soit, admettons ! Tout semble envisageable dans ce temple de l’art puisque l’alerte de principe de précaution a été donnée. Avec toutes ces hypothèses envisagées, les probabilités qu’un drame se déroule sous les yeux et les oreilles de centaines de personnes regardant et écoutant religieusement un spectacle de danse, semblent peu plausibles. Quoique ! Pourquoi cet agent a prévenu ? Est-ce déjà arrivé ? En tout cas, pour gâcher le plaisir d’un beau spectacle à une famille en leur laissant imaginer le pire, il ne peut pas y avoir plus stupide.

Pourquoi fonctionner continuellement sur des interdictions et des principes de précautions exacerbés et complètement absurdes – il ne faut pas rester debout devant son siège, on subit des fouilles trop excessives et un peu limites à l’entrée du service location en semaine, il ne faut pas faire de photos de la salle au début du spectacle et aux entractes, etc..sans oublier la présence d’ampoules blanches allumées en permanence aux places du paradis pendant les spectacles -. Sait-on jamais ! Laisser le paradis dans le noir ? Que de fantasmes ! Par contre, silence sur les gens qui grignotent et qui boivent, qui laissent pendre leurs vêtements sur les balustrades et qui utilisent leur portable pendant le spectacle. Il est vrai que l’exemple vient d’un utilisateur de la loge d’avant scène gauche, qui a chaque représentation, fait jaillir de ses mains expertes, une lumière blanche persistante de son iPhone pour en faire bénéficier la salle. Normal, tout le monde n’est pas le Directeur !



Ernest Blanc nous a quitté !

Dès que cet immense baryton était affiché au Grand Théâtre de Bordeaux c’était la ruée. Mais pas n’importe quelle ruée. Pas de ces ruées que l’on voit actuellement à force d’entendre rabâcher sur les ondes et les antennes des noms et des spectacles et qui se précipitent sans savoir qu’elle est la carrière de tel ou tel artiste. Avec la venue d’un Blanc (ou d’un Vanzo, d’un Bacquier, d’une Eda Pierre, d’une Guiot…), le public connaissait déjà tout du répertoire des chanteurs programmés, leur voix, leur carrière et ce public venait les écouter chanter. Maintenant on voit de la lumière, un bureau de location noir de monde et la ruée se forme comme si les gens venaient chercher une part de ravitaillement en période de restriction. Le public vient maintenant voir un spectacle et non écouter des voix ou voir des danseurs. Peu importe qui chante, qui dirige, qui danse, le principal c’est : « On m’a dit que c’était joli ! » Avec ça !

Ernest Blanc était cet homme qui dès son apparition sur scène nous glaçait par sa grande prestance due à sa stature tout en nous subjuguant par cette extraordinaire et rare voix. Il faut l’avoir vu et entendu dans son célèbre Rigoletto, dans l’Escamillo de Carmen (en voilà un qui savait être et chanter Escamillo), Amfortas de Parsifal, Ourrias de Mireille, Renato du Bal Masqué, Gérard d’André Chénier, Valentin de Faust, le Hollandais, Wolfram de Tannhauser, le Comte de Luna du Trouvère…Tout en chantant à Bordeaux ces rôles là, il était affiché au Met de New York, à Londres, à Milan, à Salzbourg… et bien sûr à Bayreuth. Rare français à avoir chanté sur la colline verte.

Il vivait en Provence puis en région bordelaise pour y vivre paisiblement et laissait écouler le temps, en famille. Son fils Jacques Blanc, chef des choeurs au Grand Théâtre de Bordeaux, me donnait régulièrement de ses nouvelles. Je n’ai jamais osé lui demander de rencontrer son père. Qu’est-ce que je lui aurais dit ? Que j’étais un de ses profonds et fidels admirateurs. Que je l’avais vu dans de très nombreux rôles. Qu’il me raconte des souvenirs de son séjour à Bayreuth ? Que de banalités ! Le souvenir de ses prestations doit rester le plus fort.

Aussi, j’écoute de temps en temps ses enregistrements (son récital en particulier) et je revois cette époque bénie où les grands étaient grands et aidaient surtout les petits à devenir grands. Merci Ernest Blanc pour ces fabuleux grands moments lyriques. Il a fait définitivement ses adieux à la scène en 87 et nous quitte, ce 22 décembre, à 87 ans. Chiffre fatal !



Que celle ou celui qui a connu une soirée pire me lance une bouchée !

Une amie a imaginé et espéré, en réunissant autour d’une table cinq personnes qui ne se connaissaient pas ou à peine, qu’elles allaient communiquer en s’apportant mutuellement des connaissances culturelles indispensables pour ne pas rester en cette fin d’année, complètement idiots. Beau programme de soirée d’hiver ! En clair, une soirée de recyclage culturel. Une soirée copyright de certaines mascarades bourgeoises du siècle dernier avec en moins le style et les grands noms. Savez-vous ce que c’est qu’un repas au cours duquel vous entendez pendant les deux premières heures durant, montre en main (ou portable), la même voix qui, avec la même emphase débordante de vide et d’inepties, essaie de vous inculquer une bouillabaisse culturelle à en faire vomir une oie en plein gavage de Noël ? La bêtise et l’insolence dans toute sa splendeur. A part votre serviteur qui avalait les plats servis, comme s’il finissait un jeun et que le repas de ce soir-là était une délivrance stomacale.
Dieu sait si j’ai fait des diners insipides (que j’avais décidé de plus faire). Pourquoi ai-je accepté celui-ci ? Cela était écrit, il devait avoir lieu, comme un assaut final ou tout simplement comme une exorcisation à tout jamais de ce type de soirée.
Ce soir-là, j’ai vu l’horreur du comportement humain. Le même pantin qui, pendant plus de deux heures, à trouver le moyen de nous déballer dans le moindre détail la vue qu’il a depuis son appartement à l’étranger, de nous dire qu’il possédait un enregistrement live unique de Callas dans Lucia (imaginez ma tête !) – pour votre info, il s’agit d’un enregistrement que tous les fans de Callas possèdent dans leur discothèque – de nous signaler qu’il était allé à une exposition à Paris et que la file d’attente était énorme et nous raconter une saga sur la vente de sa magnifique statuette qui coûte une fortune. Par l’étalage de ce catalogue beaucoup moins passionnant que celui de la Redoute et des 3Suisses confondus, il croyait épater la galerie en essayant de créer autour de la table une jalousie à faire baver tous les puceaux du village feuilletant toujours les mêmes pages. Il y a presque réussi, à part moi, toujours la tête dans le sauté de veau. La maîtresse de maison, elle, en transit permanent entre la cuisine et la table, avait dû tomber sur un dictionnaire de poche car chaque fois qu’elle arrivait à la table, elle nous lançait un mot clé de relance de discussion (ou plutôt monologue) dont cet hideux personnage saisissait au vol. Les trois autres convives le badaient comme les estivants d’un 14 juillet regardant un feu d’artifice le regard agars et les lèvres entrouvertes de bonheur. Je me suis levé et proposé à la maîtresse de prendre congé avant la fin du repas. Voyant son état de culpabilité de maîtresse de maison ayant raté sa soirée, me dit : je ne sais plus recevoir ! je ne sais plus réunir mes invités ! je n’ai pas su donner la parole à tout le monde ! etc… Voyant son état désespéré, je fis marche arrière et décida de reprendre mon rôle de potiche stupide inculte. C’est alors que pour couper court au vomissement culturel de ce même type, je me lançai dans ma dernière et très rare intervention, espérant tout au moins jeter un froid de moquerie : vous connaissez Libourne ? dis-je calmement. J’ai pris ma question dans la gueule comme un boomerang car un des convives (dans le rôle de la carpe de service) connaissait bien cette ville et commença à me la détailler. J’avais tout faux ! Il prenait le relais. C’est vrai qu’il n’avait pas encore parlé. J’ai repris mon masque de mec qui s’emmerde et j’ai fini le repas en mangeant et buvant à volonté sur un descriptif touristique très détaillé de Libourne…(Google peut aller bugger !).



Tout s’explique ou presque !

Avant l’ouverture de l’autoroute, en un jour ensoleillé, un voyage en voiture Pau-Bordeaux à une vitesse énervant mes confrères automobilistes friands de raconter à leurs copains de pauses café ou sous les banderoles d’une manifestation : « j’ai fait Pau-Bordeaux en 2h04 au lieu d’1h43, car qu’est ce qu’il y avait comme cons et comme vieux sur la route ». Dans quelle catégorie dois-je emmarger ? D’ailleurs le problème n’est pas là. Départ de Pau à 18h en plein soleil, puis au bout d’une heure de route le paysage s’assombrit. Puis les phares commencent à s’allumer et le noir plus dense. Bien entendu mes feux de route, mal réglés, éclairent à peine les lignes blanches de côté et j’ai peine à me repérer. Puis une fois accusé mes feux de route (tous neufs), j’accuse ma vue. Il est vrai que j’ai horreur de conduire la nuit, Je suis obligé d’écarter les paupières comme si je devais rester éveillé sous la menace après avoir passé trois nuits blanches à compter les moutons béarnais.
D’où ma vitesse calmos et les propos à venir (n’oubliez pas ! la machine à café et les banderoles). Décision prise, demain je prends rendez-vous chez l’ophtamo et fais régler mes feux de route. Arrivé enfin dans les bas fonds d’un parking bordelais, je stoppe le moteur et récupère mes affaires errantes dans la voiture. Sur le siège du passager je prends mes lunettes : « tiens ! tiens bizarre, mais alors ? qu’est ce que j’ai sur le nez ? ». Fou rire à faire exploser les 6 étages du parking et en les transformant en terrain de boules. J’avais gardé pendant les 2h30 de route mes lunettes de soleil !