L’école du bon goût

Posté le 29 novembre 2010

C’est frais, plein de charme, joyeux, bien fait, agréable à l’oeil, autant de qualificatifs entendus ce dimanche après midi au Grand-Théâtre de Bordeaux suite à la représentation de « Die Schule der Frauen » d’après l’Ecole des femmes de Molière, sur une musique de Rolf Liebermann. Même si le remplissage de la salle semblait avoir subi la rivalité des écoles de consommation de fêtes de fin d’année, ouvertes ce jour-là, à en juger par de très nombreux trous de fauteuils vides et un paradis déserté (il est vrai que la plupart des places de face ne bénéficient pas du surtitrage si bien utile pour cet opéra méconnu), cet ouvrage est une petite merveille offerte en cadeau de Noël.
Tout en célébrant le centenaire de la naissance de Rolf Liebermann, quelle heureuse initiative de proposer au public bordelais cet opéra bouffe créé, dans sa version définitive, il y a plus de cinquante ans à Salzbourg. La musique, sans faire dresser les poils, est efficace, tendre et expressive. Ne voulant pas entrer dans le jeu de ceux qui disent que l’on retrouve dans cette musique tel ou tel musicien, je dirais simplement que cet opéra est un immense collier fait de perles musicales d’influences diverses enfilées à la queue leu-leu, formant ainsi une parure des plus réussies. On a fortement envie d’applaudir après le couplet d’Agnès (par la toujours succulente Daphné Touchais) et surtout après le magnifique monologue d’Arnolphe (imposant Andrew Greenan) prêt à capituler devant la jeunesse.
Certains interprètes auraient demandé dans leur personnage un peu plus d’envergure dans le jeu et dans la voix. Cette remarque tient surtout du fait que la mise en scène fortement marquée, signée d’Eric Génovèse, sociétaire de la Comédie française, dans un décor unique (que de maisons témoins de type industriel nous visitons actuellement sur les scènes lyriques !) et omniprésent devenant acteur lui même, ne demande aucune faiblesse. Les rares gags à l’efficacité immédiate sont très bien dosés (les fleurs descendant des cintres, l’ombre chinoise du vélo, le corps d’Horace encastré dans le mur de façade à l’image des gags à la Cartoon etc..). Aucune faute de mauvais goût dans cette mise en scène.
Par contre, j’ai été légèrement dérangé par la stature et le jeu de Paul Gay dans le rôle de Molière car je ne vois pas celui-ci, grand et imposant…au contraire, je l’imagine petit et insignifiant (même si je n’ai jamais rencontré ce cher Poquelin, « car nouvelle dans cette agence ! » comme dit ma banquière lorsque je lui parle de Molière !). Par ailleurs, je n’ai pas retrouvé en ce chanteur cette présence vocale que j’avais apprécié dans tous ses derniers rôles. Les rôles de Georgette et Oronte (Sophie Pondjiclis et Jacques Schwarz) sont bien tenus, sans plus, aussi bien vocalement que scéniquement. Par contre, le maillon faible est le jeune ténor Michael Smallwood. A peine audible par moment, dommage car le texte musical de ce rôle est tout en subtilité et innocence. Heureusement que son jeu de gaffeur amoureux est juste et le sauve de son chant.La direction d’orchestre de Bordeaux Aquitaine est confiée à Jurjen Hempel qui avec beaucoup d’intelligence, équilibre les différentes intensités d’écritures musicales, entre les musiciens, la puissance des voix et la jauge de la salle. Cet opéra bouffe semble avoir été écrit pour la salle du Grand Théâtre. Spectacle à voir et à écouter.

Jean-Claude Meymerit
Source :

http://www.paysud.com

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