La Carmen de Bordeaux : « bel ennui dans un écrin »

Posté le 27 septembre 2010

Pourquoi me suis-je autant ennuyé à la représentation de la nouvelle production de Carmen au Grand-Théâtre de Bordeaux ? Il faut dire que la direction d’orchestre (Christian Orosanu) m’a assez dérouté (dès l’ouverture). J’avais l’impression d’être sur le divan de mon « psy » me lisant Marguerite Duras! On nous avait fait miroiter que cette production de Carmen baignait dans la violence. Déjà musicalement, c’est raté. On philosophe musicalement. De plus pourquoi avoir choisi cette version opéra comique avec des dialogues interminables souvent mal projetés par les artistes. Personnellement, je suis un inconditionnel de la version avec récitatifs de Guiraud. Je reste persuadé que cette production aurait été plus forte dans cette version.
Il faut dire que la distribution pose aussi interrogation. Qui était vraiment dans la peau du personnage ? Carmen (Janja Vuletic) est belle, grande et fine. Ses poses sont toutefois trop souvent calculées. On devine toujours ce qu’elle va faire. Dommage ! Un peu plus de chien, de charme, de « niaque » auraient été les bienvenus. Comme dans sa voix : c’est bien fait, le timbre est beau mais le petit « plus », manque. Elle chante Carmen mais elle n’est pas Carmen. La prise de rôle de Gilles Ragon en Don José m’a laissé complètement hermétique et sans aucune réception d’émotion. A force de vouloir tout chanter ne risque-t-il pas de fatiguer son public? Où est cette passion intérieure, cet amour fou, cette jalousie extrême dans le duo final, face à l’abandon de Carmen ? A part la gesticulation… Mais le pire est Escamillo (Michael Chioldi) voix sans puissance, timbre sans saveur, projection curieuse laissant une sensation de déplaisir. On n’a pas envie d’écouter. Même le jeu n’est pas au rendez-vous. Il s’ennuie et nous ennuie. Quelques « hou » en guise de fleurs l’ont accueilli au salut.
Heureusement qu’un rayon de soleil apparut en la personne de Alketa Cela dans le rôle de Micaela. Ouf ! En l’écoutant on est enfin à l’opéra. Plénitude de puissance dans la voix avec beauté, phrasé, nuances et méduim. C’est beau, c’est chaud, c’est puissant. Elle y croit. Elle est Micaela ! Parmi les seconds rôles, qui dans Carmen ont des places indispensables, je voudrais mettre l’accent sur la jeune Diana Axentil dans le rôle de Mercedes. C’est rond, charnel, puissant avec le charme en plus.Même les choeurs, qui sont comme à l’accoutumé à la perfection de leur art, semblaient être gêné de temps en temps par la lenteur de l’orchestre. On aurait souhaité qu’ils explosent et fasse vibrer leur joie, violence et peur comme ils savent le faire à l’unisson de leurs voix. Pourtant, cet ennui général que j’ai subi le long de ces quatre actes, n’aurait pas dû exister car côté mise en scène, tous les chanteurs avaient l’écrin idéal pour se lâcher. Or, tout dans cette production semble retenu.Transposé l’action à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, pourquoi pas, car tout est imaginaire. Laurent Laffargue a visé juste et sa Carmen est porteuse de superbes images même si quelques éléments de décors semblent pauvres. Est-ce deux barrières qui font obstacle aux débordements de la foule ? Est ce trois poches-poubelles éclatées qui font bidonville ? Est-ce quelques légers cartons posés sur une remorque, demandent autant de main-d’oeuvre à la frontière ? Ces quelques mesquines remarques n’entravent en rien cette riche mise en scène qui aurait dû permettre des débordements de jeu en tension amoureuse, violence…. Le plateau nu du dernier quart d’heure, couvert de pétales rouges, est superbe de simplicité et de force. Malheureusement, dans cette efficace mise en scène, tout le monde reste sur la réserve et tout s’étire. On s’enlise dans l’ennui. Il faut le faire, dans Carmen !
Jean-Claude Meymerit
Source :

http://www.paysud.com

Il n'y a actuellement pas de commentaire pour cet article.

Laisser un commentaire