Quand pour Kaufmann, Werther devient un lied…

Posté le 19 janvier 2010

Il faut le voir et l’écouter ! Cet opéra de Massenet est actuellement programmé à l’Opéra Bastille de Paris. Benoît Jacquot, le cinéaste bien connu en a fait la mise en scène. Nicolas Joël a réuni sur cet immense plateau, trop vaste pour ce genre d’opéra, le meilleur casting en matière de chant français.Tout d’abord une magnifique Charlotte avec la toujours belle et intelligente Sophie Koch. Ce n’est pas pour elle une prise de rôle, elle a déjà eu l’occasion de le chanter sur d’autres scènes internationales. Quelle leçon de chant : tout est beauté. Un timbre fruité dans une voix puissante, des aigus magnifiques, le tout accompagné d’une parfaite diction. Cette diction impeccable nous la trouvons également chez Anne-Catherine Gillet qui interprète le rôle de Sophie. Joie de vivre, voix claire, aérienne avec dans le médium de belles intonations. Merci à cette magnifique artiste d’avoir su imposer sa vision du rôle. Le metteur en scène a accepté que sa Sophie soit amoureuse de Werther comme une adolescente de quinze ans. Ce qu’elle rend sur scène à merveille. Cette conception donne une force et une consistance à ce personnage des plus passionnantes. Dans le registre du beau chant français, le chanteur incontournable est Ludovic Tézier. On ferme les yeux et l’on se laisse bercer par ses phrasés percutants, chaleureux, une diction de haut vol. Bref, le meilleur baryton d’aujourd’hui. Espérons le voir et l’entendre dans le Werther version baryton avec cette mise en scène.Après père de Mireille tout récemment sur la scène parisienne, le voilà père de Charlotte, Alain Verhnes est le Bailli, rôle assez court. On a tous envie d’avoir pour père cet homme-chanteur avec cette prestance et cette généreuse voix.
Tout ce beau monde évolue dans une production de Benoît Jacquot créée en 2004 à Londres achetée depuis peu par l’Opéra de Paris.Avec le casting parisien, le metteur en scène est aux anges. Il le dit lui-même. Les chanteurs ont l’âge des personnages, ils sont jeunes, beaux avec les voix les plus belles actuellement dans ces rôles-là. Sa mise en scène n’est que précision. À t-on besoin d’avoir de lourds décors et une foule de figurants ? Non, l’histoire c’est eux, Charlotte, Albert, Sophie et bien sûr Werther, ce célèbre héros du romantisme allemand.
Notre Werther parisien est Jonas Kaufmann. Il semble que Goethe l’ait écrit pour lui. « Les souffrances du jeune Werther », c’est lui. Il maîtrise notre langue à la perfection. Tous les mots sont décortiqués et les notes posées sur eux avec délicatesse. Tout son chant devient un lied. Aussi, comment ne pas pleurer à l’acte de la chambre ! L’émotion dans ses phrasés et dans son chant Kaufmann est au paroxysme. On a envie de l’aider. Il aime Charlotte, il est aimé d’elle, mais leur amour est impossible. Seul le suicide en effet peut le sauver.
J’ai entendu et vu des dizaines de Werther mais jamais comme celui de Kaufmann. Son allure et son physique de parfait héros romantique, son regard perdu, son chant en demi-teinte avec toutes ces nuances…Nuances jamais entendues à ce jour par aucun chanteur. Comment ne pas résister et ne pas craquer à l’émotion dégagée ? Les airs les plus connus, les plus héroïques qui font délirer les salles dès l’émission de la dernière note, deviennent ici avec Kaufmann, silence religieux, charme et émotion. Dans la salle, on ne respire plus. On croirait entendre tout le texte de Goethe en forme de lied. Le public est en état de choc. C’est rare !
L’orchestre de l’Opéra de Paris est un des plus grands et des plus splendides orchestres avec des instruments et des sonorités semblant jaillir de la fosse. Mais quitte à en décevoir certains, quel dommage cependant que ce magnifique ensemble soit dirigé par un homme qui, plus je le vois diriger, plus m’ennuie. Il s’agit du grand Michel Plasson. Déjà ses dernières prestations souffraient de cette lenteur d’exécution (à Orange en particulier). Où sont tous ses merveilleux d’enregistrements, ses prestations toulousaines lyriques mémorables ? Vous avez la chance, Monsieur Plasson, d’avoir en face de vous sur scène des chanteurs de haut vol qui jonglent avec leur souffle pour s’accorder à votre tempo. Ils le souhaitent peut-être, mais nous public on s’ennuie un peu en vous écoutant. Ce fut le cas pour cette représentation de Werther tout au moins pendant les deux premiers actes….

Jean-Claude Meymerit
Lundi 18 Janvier 2010
Source : http://www.paysud.com

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