Le rendez-vous manqué du Balcon

Posté le 19 janvier 2010

Esthétiquement c’est une réussite. Un décor majestueux, coloré, plateau tournant, grand escalier à la courbe sensuelle, passerelle en forme de balcon autour de l’orchestre…C’est beau et efficace. Et alors, et après ?
On sort de cette représentation du Balcon, nouvelle version 2004, d’après la production de Fribourg, ébloui par le décor et sa scénographie, mais où sont passés le texte de Jean Genet et la musique de Peter Eötvös? Quel ennui ! Un premier acte interminable. J’ai eu la chance d’avoir vu et entendu sur cette même scène de très grandes créations lyriques bordelaises basées sur des textes célèbres comme les « Noces de sang » de Federico Garcia Lorca, la « Charrue et les étoiles » de Sean O’Casey, « Colombe » de Jean Anouilh ou encore « Vu du pont »d’Arthur Miller etc. Les compositeurs épousaient musicalement les textes tout en les respectant. Cette production du Balcon me semble être du déjà vu et assez ringarde avec un texte qui attend la musique, et une musique qui attend le texte. En vérité, les phrases et les mots s’étirent au bon vouloir de la musique sans rien apporter de passionnant à l’oreille (même au contraire). La musique avec ses notes (ou sons) se promène entre les mots, comme si c’était chacun pour soi. Lorsqu’un compositeur s’attaque à un texte du répertoire, il devrait le respecter, sinon il devrait écrire son propre livret. De plus, ce décalage est amplifié par le surtitrage. Quelle idée de surtitrer un opéra français comme celui-ci quand les mots et les phrases sont tellement effilochés, hachés, décortiqués et que des phrases entières sont affichées alors que le débit du texte par les chanteurs-diseurs est d’un ralenti frôlant les exercices d’ateliers de diction. On attend patiemment la fin du texte affiché. C’est énervant !
Que dire de ces chanteurs-diseurs ? Ils campent parfaitement leurs divers personnages, mais le jeu semble être en permanence sous le regard du metteur en scène, Gerd Heinz. Certes, cette mise en scène hyperthéâtralisée est très précise. Elle est omniprésente comme le souhaitait Genet dans ses pièces. Les parties chorégraphiées à l’américaine sur rythme de jazz, nous apportent un peu de respiration.
Le second acte, plus court, est plus dense. Aussi, l’action active le débit, et les phrasés sont moins ennuyeux. Le dénouement chanté par Madame Irma (Maria Ricarda Wesseling) est une magnifique page musicale. Elle vient s’ajouter au magnifique duo entre Chantal (Magdalena Anna Hofman) et Roger (Thomas Dolié). C’est peu pour 1h50 de spectacle.
Musicalement, j’ai pu apprécier le travail de précision de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, de tous ses solistes musiciens que l’on aperçoit et entend sur scène dans des apparitions insolites et drôles. Kwamé Ryan à la baguette, l’oeil partout surveille tout autour de lui son petit monde de musiciens et de chanteurs-diseurs. Rien ne lui échappe. Bravo !
En conclusion, une soirée lyrique dont il ne reste même pas un arrière-goût de reviens-y. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu autant de spectateurs quitter la salle en plein spectacle et voir autant de places vides après l’entracte. Dommage !
J’espère que les énormes moyens financiers octroyés à cette production ne viendront pas ternir les autres productions de l’année!

Jean-Claude Meymerit
Source : http://www.paysud.com

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