Quand deux étoiles invitées brillent dans les reflets du Lac

Posté le 19 janvier 2010

La rencontre mémorable de deux danseurs étoiles dans le Lac des Cygnes chorégraphié par Charles Jude
Un moment magique…
Connaissez-vous Giuseppe Picone et Itziar Mendizabal ? Ils sont tous les deux, actuellement affichés sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux (ou plutôt non affichés, car leurs noms n’apparaissent aucune part et il faut avoir une âme d’un Sherlock Holmes pour dénicher leurs dates de prestation). Lui, Giuseppe Picone, grand danseur étoile italien, est très demandé sur les plus grandes scènes lyriques et compagnies de ballets. Bordeaux a déjà eu la chance de le voir tout récemment dans Gisèle et Roméo et Juliette. Elle, Itziar Mendizabal, d’origine basque espagnole, est actuellement attachée à l’Opéra de Leipzig. Ses prestations sont également célèbres par l’engagement et l’approfondissement artistique qu’elle manifeste dans ses nombreux rôles.
La rencontre de ces deux étoiles a eu lieu sur la scène du Grand Théâtre ce 23 décembre dernier dans la reprise de l’efficace production du Lac des Cygnes chorégraphiée par Charles Jude. Ce fut un moment assez magique.
Même si cet ouvrage trouve à mes yeux quelques langueurs visuelles et quelques images scéniques désuètes, la musique de Tchaikovsky, elle, reste sublime par sa limpidité liée aux subtiles facettes de l’intrigue. Ce ballet est terrible pour la danseuse qui interprète ce double rôle : celui du cygne blanc ou Odette (dont le célèbre 2°acte) et du dit Cygne noir ou Odile (avec ce célèbre pas de deux du 3°acte). La difficulté est l’endurance physique demandée par deux personnages totalement opposés. A une certaine époque, ils étaient confiés à deux danseuses différentes. Je pense qu’il serait toujours judicieux d’y revenir lorsque une soliste n’a pas l’envergure de tenir la totalité de l’ouvrage, plutôt que de peiner avec elle tout au long de l’ouvrage et de ne recevoir aucune émotion. Avec Itziar Mendizabal, ce fut tout l’inverse. Quel bonheur ! Quel talent, intelligence, subtilité et précision. Une comédienne en tutu ? Presque ! Son interprétation du 2°acte est sublime d’émotion. Elle aime Siegfried, elle lui dit par le port de ses bras, de ses doigts et de ses jambes, comme si des paroles jaillissaient de tout son corps. J’ai rarement vu une interprétation aussi aboutie. Son 3°acte est tout de lumière, de brillance et de séduction. Comment ne pas tomber sous le charme. Ses gestes sont précis, directs et envoutants. Frissons garantis!
Quand à Giuseppe Picone, il m’avait, dans ses précédentes prestations bordelaises, littéralement subjugué. Il porte en lui ce romantisme du fatalisme et de l’amour déçu. Même si ce rôle de Siegfried n’est pas un des plus porteurs et plus brillants pour un danseur, Giuseppe Picoine s’impose par sa prestance, sa magnifique silhouette féline, ses sauts aériens et ce silence absolu lorsque il touche le plancher. Il vole. Avec très peu d’élan, il s’envole, vole et se pose comme une feuille morte. A tous les deux, du grand art de danse classique. Et ils sont à Bordeaux
Aussi, quel dommage de ne pas connaître assez tôt les dates de distribution de tous ces solistes. Heureusement que les fans et connaisseurs de ballets, par leurs réseaux et des méandres inexplicables, obtiennent les renseignements et ont le temps d’acheter in extremis quelques malheureuses places à visibilité réduite. Quelles sont les vraies raisons de cette non information du public ? Que le public choisisse les soirs en fonction des distributions et laissent des salles vides d’autres soirs ? Je ne crois pas du tout à cette argument avancé. Le public bordelais adore la danse, et le ballet de l’Opéra de Bordeaux, mais il est vrai qu’il ne s’inquiète outre mesure de connaître au préalable les distributions. Rares sont ceux en effet qui choisissent les dates en fonction des solistes. Par contre, il me semble que lorsque on est danseuse ou danseur étoile, ou lorsqu’un théâtre nomme des solistes c’est pour qu’ils soient reconnus artistiquement et être connus, vus, applaudis, suivis et pourquoi pas idolâtrés par le public. Alors, pourquoi des Picone, Grizot, Kucheruk, Yebra, Mikhalev, Mendizabal…. ne bénéficient-ils pas, à Bordeaux, contrairement à d’autres villes, de cette aura. Sans entrer dans le star système, pourquoi ces solistes n’auraient pas ces égards de reconnaissance pour leur art et leur rang d’Etoile ?

Jean-Claude Meymerit
vendredi 25 Décembre 2009
source : http://www.paysud.com

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