Le Dialogue des Carmélites, l’opéra de la force

Posté le 19 janvier 2010

Le Dialogue des Carmélites, l’opéra de la force : force du sujet, force de la musique, force de la scénographie, force des carmélites. Sans jeu de mots facile, ce n’est pas pour rien si l’action se situe dans la famille de la Force en 1789…
Comment rester insensible à cette élégante production du Dialogue des Carmélites déjà montée à Toulouse en 1995 dans la mise en scène de Nicolas Joël. Reprise ce mois-ci, quatorze ans après, elle n’a pas pris une seule ride. Il est vrai que cet espace de la Halle aux Grains semble avoir été construit pour cet ouvrage. Avec quelle subtilité, sa forme hexagonale s’est subitement transformée en cour intérieure de Carmel. Sur un des six côtés un imposant décor de flèches et de portes gothiques d’où s’évadent des jeux et faisceaux lumineux, porteurs d’implantations scéniques. Sur les cinq autres cotés, les spectateurs sont, comme accoudés aux fenêtres, en fidèles recueillis, en républicains, en voyeur derrière les grilles du Carmel, en foule le jour de l’exécution, etc. À leurs pieds, l’orchestre et la plateau scénique se partagent équitablement l’espace du parterre. Quel équilibre !
Même si l’histoire de ce Dialogue des Carmélites est bien connue de tous, elle éveille en chacun de nous de grands moments émotionnels. Cette profonde attention est due en grande partie à la musique de Francis Poulenc. Quelle force dans ce torrent de notes où la mélodie et le modernisme s’accordent dans l’absolu ! Ce choeur final lorsque les carmélites chantent à l’unisson puis s’interrompant l’une après l’autre alors que la guillotine tombe brutalement. Une splendeur dans l’écriture lyrique. Quel dommage que Georges Bernanos n’ait pu connaître sa pièce portée sur les scènes d’opéras ! En effet, les créations eurent lieu en présence de Poulenc en 1957 à Milan et à Paris, cinq ans après sa mort.
Même si ma prédilection va pour la distribution de 1995 avec Françoise Pollet (imposante Madame Lidoine), Martine Dupuy (sublime classe en Mère Marie), Nadine Denize (tragique Prieure), Catherine Dubosc (douce Blanche)…je garde toutefois pour cette reprise une profonde tendresse. Comment ne pas oublier Sylvie Brunet dans La Prieure, toute en générosité et humanisme aussi bien dans son jeu que dans ses magnifiques invocations vocales, et Anne-Catherine Gillet dans Constance, avec chez elle la jeunesse, l’engagement et cette lumineuse voix d’une pétillante fraîcheur. Je ne veux pas oublier d’autres très grands moments avec les autres chanteuses : Isabelle Kabatu (Madame Lidoine), Qiu Lin Zhang (Mère Jeanne), Susanne Resmark (Mére Marie)… et les rôles masculins au plus haut de leurs formes (Nicolas Cavallier, Gilles Ragon…).
Comme dans tout jeu de comparaison, ce sont souvent des discussions des plus aléatoires. Toutefois, je garde un souvenir impérissable de Michel Plasson en 95 à la tête de l’Orchestre national du Capitole alors que la direction de ce jour en la personne de Patrick Davin m’a laissé un peu sur ma faim. Pourquoi ? Un peu plus de flamme et de passion célestes m’auraient enchanté. Certes, un bémol bien insignifiant !

Jean-Claude Meymerit
Lundi 30 Novembre 2009
Source : http://www.paysud.com

Il n'y a actuellement pas de commentaire pour cet article.

Laisser un commentaire