Le « Met » au cinéma : comme si on y était…ou presque !

Posté le 19 janvier 2010

Après Salomé, Thaïs, Butterfly, j’ai assiste avec Sonnambula, à la quatrième séance de retransmission d’opéra depuis le Metropolitan Opera, de New York, le célèbre « Met ».
Magnifique performance technique remplaçant pour un soir le rêve de tout amateur d’opéra : assister réellement à une représentation dans cette immense salle mythique américaine. Grâce à une haute technologie (sauf pour Sonnambula où l’on sentait un léger décalage dans la synchronisation de l’émission des sons et l’image) on nous y propulse. Certes, et alors ?
Pas de voyage au-dessus de l’océan avec une arrivée sur le parvis de la place du Lincoln Center de New York, non ! Ça se passe en banlieue bordelaise dans un cinéma sans âme, le Gaumont de Talence. Les attentes au guichet et à l’entrée de la salle manquent encore un peu d’organisation et de fluidité. En clair, une manifestation à la même enseigne et au même traitement que n’importe quel film programmé. La différence est que les places sont quand même à 25 euros.
Une fois dans la salle, les fauteuils sont, je suppose, plus spacieux qu’au Met. Les 260 places sont rapidement prises d’assaut par un public qui semble avoir sa carte senior . Celui-ci pour la plupart réparti en groupes bien organisés paraît déjà propriétaire des lieux. Que les gens s’embrassent, se connaissent tous, cela est fort sympathique et chaleureux! Ce sont effectivement des amateurs d’opéras et de musique classique à en croire un de mes voisins fredonnant l’air de Butterfly en même temps que la chanteuse.
Par contre je n’appelle pas ça de la démocratisation de l’opéra. Si c’était le cas, les places seraient meilleur marché. Comment attirer un nouveau public, comment intéresser les jeunes à l’opéra ? Je regarde autour de moi, sur la totalité des places occupées par les personnes présentes, seules quatre le sont par des jeunes. Quel dommage de ne pas profiter de ces évènements lyriques (qui ne sont toutefois que des projections de films) pour organiser en marge de ces retransmissions des moments forts de sensibilisation par des débats, des conférences, des expos, des comparaisons d’enregistrements etc…Ne pourrait-il pas y avoir une vraie politique culturelle lyrique autour ? Tous les ingrédients de logistique y sont.
Je pense que pédagogiquement, les scolaires auraient leurs places à ces soirées. En complément du remplissage de sa salle avec des groupes de personnes aisées,ne pourrait-on pas faire un effort financier et pédagogique vers d’autres populations.?En effet, au cours de ces soirées, si on enlève les groupes constitués on ne retrouve qu’une toute petite poignée de passionnés d’opéra individuels et pas de jeunes. C’est peu, sur une population urbaine bordelaise de 700 000 habitants.
Un des points positifs de ces soirées est le silence et la tenue des spectateurs dans la salle pendant toute la durée de la retransmission. Pas de toux, pas de papier de bombons, pas de grignotages de pop-corn, de lumières bleues des portables…Notre population locale de seniors semble plus résistante aux virus que les américains de la salle du Met.
Côté spectacle, je formule chaque fois les mêmes remarques : ce sont ces désagréables gros plans de chanteurs surtout dans certains rôles. Je préfère ne pas regarder l’écran plutôt que décompter les rides et les défauts du visage d’une Butterfly ou d’une Salomé de plus de 45 ans (au lieu de 15 ans dans les textes).
Je voudrais aussi relever les bavardages inutiles et de surcroit en anglais-américain entre les actes. Qui comprend ? Quel intérêt de voir une Butterfly ou une Dessay déjà épuisées par les rôles, kidnappées dès la fermeture du rideau pour répondre aux questions de Fleming, Woigt ou Domingo. Tout cela enlève la magie et l’émotion de l’acte écoulé. Surtout que la régie de la salle du cinéma nous laisse parfois dans le noir. Il est vrai qu’à part regarder l’écran quoi faire pendant les entractes ?
Néanmoins je continuerai à assister à ces retransmissions car elles nous permettent de découvrir ou de redécouvrir des opéras, des chanteurs et des mises en scène uniques.
Côté ambiance, je garde en tête une superbe anecdote qui m’a beaucoup amusé et qui est très significative des confusions de genres de ce type de soirée (du cinéma ? de l’opéra ? une retransmission ? du vrai direct ? de la démocratisation culturelle ? etc ?). Une spectatrice arrive dans la salle juste quelques petites minutes avant le lever du rideau à New York. Il ne reste plus qu’une ou deux places au tout premier rang du cinéma. Aussi, elle va s’asseoir sur les marches tout en haut de la salle, prend son téléphone et très en colère et dit tout fort à son interlocuteur « c’est honteux : être assise pour un opéra sur les marches et payer 25 euros. A Bordeaux, il n’y a pas de politique culturelle, à côté de Toulouse quelle différence !  » et elle raccroche. No comment ! En effet, cette personne venait d’un seul coup de mixer dans sa tête tous les ingrédients de l’ambiguïté de ces retransmissions. J’ai beaucoup ri !

Jean-Claude Meymerit
Jeudi 26 Mars 2009
Source : http://www.paysud.com

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