La Périchole à Bordeaux : comme un feu de paille!

Posté le 18 janvier 2010

Cela démarre fort !
Cette actuelle coproduction scénique entre Bordeaux, Toulouse et Lausanne a tous les ingrédients pour étinceler. Or, comme un brasier de paille, le spectacle démarre très fort pour s’éteindre assez rapidement. Au lever du rideau, la scène s’enflamme, décors aux formes tortueuses, fortes images déjà un peu vues mais toujours très efficaces. Les costumes sont époustouflants d’originalité par leurs multitudes et leurs particularités. À eux seuls, du lacet de chaussure à la coiffure légumière et florale, ils racontent tous individuellement une histoire. Monsieur Jean-Pierre Coffe je vous invite fortement à voir ce spectacle, vous serez aux anges. Que de légumes ! Que de légumes ! Il y en a partout et ils sont bio, car bien vivants et bien vitaminés grâce aux soins d’Omar Porras le metteur en scène et chorégraphe colombien. Ce qu’il impose à tous les choristes, danseurs, solistes c’est du rythme endiablé, du gestuel permanent qu’on aimerait voir plus souvent sur les scènes productrices d’opérettes, surtout que le plaisir semble être partagé par tous les artistes.
C’est à cet instant que l’on se dit : c’est gagné, je vais prendre moi aussi un immense plaisir jusqu’à la fin. Hélas, dès le second acte tout devient plus classique, plus conventionnel, pas de très grandes trouvailles, décors quelconques, toiles tendues entre les scènes comme au bon vieux temps. Quelques bijoux de gags chorégraphiques. Puis l’ensemble s’épuise, la machine rame, les effets scéniques s’amenuisent. Quel dommage ! Manque d’imagination du metteur en scène ? Non, sûrement pas. Et ce ne sont pas les effets d’artifice du final qui arrangent les choses. Comme lorsqu’un tas de paille est consumé et que l’on écarte le brasier : de multitudes feux follets jaillissent mais il n’y a plus de flamme. Dans sa dernière production à Bordeaux avec l’Elixir d’amour, Omar Porras avait, sur tout l’ensemble de l’opéra, une mise en scène plus homogène et plus efficace.
Côté distribution, j’ai un doute sur le rôle titre. Il faut une Périchole. Isabel Léonard est-elle une Périchole ? Malgré un chant très appliqué et soyeux, son volume de voix et son engagement paraissent bien trop réservés. Peut-être que mon objectivité n’est pas dans son meilleur jour : le Directeur de l’Opéra de Bordeaux, en préambule au spectacle, a rendu hommage à Maria Murano, décédée quelques jours auparavant. C’était une très grande Périchole et même si je ne l’ai pas entendu et vu sur scène dans ce rôle, j’avais en tête, son phrasé, son abattage et sa puissance vocale. J’avais aussi en souvenir assez récent, le jeu et le chant de la rayonnante et envoutante Marie-Ange Todorovitch .
Piquillo est le jeune ténor qui monte, Sébastien Guèze. Il aborde pour la première fois un rôle comique. C’est un vrai bonheur de le voir s’amuser et se démener tout en gardant la naïveté du rôle. Scéniquement et vocalement il est le personnage et avec le rodage de quelques représentations, il sera un succulent Piquillo. Je passe sur Macos Fink dans le Vice-roi qui ne s’impose pas assez et reste un peu en retrait (même vocalement). Je préfère dans ce rôle, des chanteurs au côté sanguin de chef d’état d’opérette à la sauce Molière (à Toulouse dans la même production c’était Jean-Philippe Lafont…).
Les trois cousines, complices et complémentaires à souhait. Du merveilleux travail. Le reste de la distribution est aussi de très haut niveau.
Cependant les triomphateurs de la soirée sont les ensembles de choristes, de danseurs et de musiciens de la fosse. Quelle leçon « offenbachienne » et quels engagements de toutes et tous. À la tête de l’orchestre un tout jeune chef Pablo Heras Casado. Même pour ceux qui ne connaissent pas bien la partition de la Périchole, on a pu repérer tout au long de la partition, grâce à ce Chef, quelques petites merveilles d’attentions musicales : fraîcheur, énergie, modernisme et respect.
Au rideau final le public bordelais ne s’est pas trompé. Il a fait jouer l’applaudimètre

Jean-Claude Meymerit
Samedi 28 Février 2009
Source : http://www.paysud.com

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