A Bordeaux, deux Tosca sinon rien!

Posté le 18 janvier 2010

Deux distributions de Tosca en alternance. Comment choisir une plus que l’autre? Le mieux est d’assister aux deux. C’est ce que j’ai fait les 22 et 23 janvier derniers.
Et c’est à l’issue des deux soirées que tout s’embrouille, laquelle ai-je préféré ? Ah ! si on pouvait prélever les voix de certains chanteurs et les mettre sur les corps des autres, ou vice versa.! Seulement voilà !
Tant pis je vais essayer.
Comme chacun le sait, cet ouvrage de Tosca c’est trois voix, trois tempéraments, le tout dans une modération et une alchimie obligatoires de jeu théâtral et de chant. Notre première Tosca (Catherine Naglestad) exagérément généreuse en voix ,est entièrement habitée par son rôle de star hollywoodienne des années 50 – il faut la voir jouer de son étole blanche – Notre autre Tosca (Claire Rutter), elle, godiche à souhait dans ses gestes de diva, fagotée à la va-vite comme si elle avait récupéré des bribes de costumes, juste avant d’entrer en scène. Quelle laideur ses costumes et mal portés! Comme quoi l’habit ne fait pas Floria. Mais elle possède une voix plus subtile et plus adaptée au personnage avec une sincérité amoureuse pour Mario plus prononcée que sa consoeur.
Bryan Hymel un des deux Mario est plus engagé que son confrère avec une présence plus naturelle et plus spontanée mais avec dans la voix des sons comme des billes dans la gorge. Alfred Kim, lui, possède une projection et un timbre à l’italienne qu’on aime toujours entendre dans ce rôle de Mario. Quant aux Scarpia, Peter Sidhom en a le cynisme, l’ambiguïté et la sauvagerie sado-masochiste voulue par le metteur en scène, mais il donne l’impression plus de parler les notes que de chanter les mots. Jean-Philippe Lafont, lui, a toujours cette voix chaude, volumineuse, imposante, mais…. les années passent. Aussi avec ces deux fois trois personnages, qui choisir et qui apprécier le mieux ? Un conseil : il faut voir les deux distributions. Elles donnent paradoxalement une vraie dimension à la force de la mise en scène, mais en dévoilent aussi ses grandes faiblesses. Ce genre de mise en scène à la mode contemporaine fonctionne surtout avec des chanteurs qui sont dirigés ou prennent en charge leur propre direction d’acteurs. S’ils ne le font pas, on obtient des situations et des images à contresens ou ennuyeuses. C’est le cas pour certains chanteurs de cette production. Malgré tout, j’ai beaucoup aimé l’ensemble de cette mise en scène d’Anthony Pilavachi. Les images violentes apportent des couleurs chocs au drame. Le Te deum et le 2ème acte sont d’une beauté, d’une force et d’une efficacité imparables. Que de belles trouvailles ! Par exemple, lorsque le tableau de Mario au premier acte s’enflamme sous l’envie charnelle et enflammée de Scarpia pour Tosca, ainsi que le décor du 2e acte, chambre de voyeur et d’exhibitionniste. Cependant attention c’est souvent le détail qui tue : pourquoi avoir posé ce vase inutile au premier acte, pourquoi avoir fait mourir un des Scarpia derrière le canapé et l’autre en avant scène les bras en croix ? Pourquoi avoir laissé Floria piétinant devant cette porte secrète et qui s’ouvre comme par hasard alors qu’on s’y attend ? Tous les seconds rôles sont parfaitement tenus avec une mention plus particulière pour Spoletta (Antoine Normand) qui, par sa seule présence en scène nous met mal à l’aise et engendre la haine. Mais le grand triomphateur de ces deux soirées est Kwamé Ryan le chef, avec son orchestre. Tout y est ciselé avec amour pour les chanteurs et adapté au volume du théâtre. On lit presque toute histoire de l’oeuvre à la seule évocation et écoute musicales des sons s’échappant de la fosse. Un vrai bonheur ! À quand Monsieur Ryan d’autres conduites d’opéra?

Jean-Claude Meymerit
Lundi 26 Janvier 2009
Source : http://www.paysud.com

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