A chaque époque, son jour du Nouvel An !

Posté le Samedi 4 janvier 2020

Au fil des époques, le jour du Nouvel An n’a pas toujours la même saveur.

Il n’y a pas si longtemps, sans remonter bien loin, je me souviens que ce jour-là était consacré à la famille et aux amis les plus proches. On se rendait visite en fin d’après-midi, sans rendez-vous, pour se souhaiter une bonne année, autour d’une tasse de café, de quelques pâtisseries ou d’un apéritif du soir. Cette journée du 1er janvier permettait aux personnes vivant seules ou isolées de recevoir leur famille ou de voir de rares amis, mais surtout de papoter un moment avec eux.

A l’époque, sur le coin du buffet, commençaient à s’entasser les cartes de vœux déjà reçues, écrites par des personnes éloignées. Même si dans la tête de chacun, la corvée des réponses pointait son nez, car il fallait répondre à tous ces expéditeurs avec la même méthodologie. C’est alors que l’utilisation du téléphone fixe simplifia significativement la corvée de l’écriture. C’était un moyen de discuter avec des personnes que nous n’avions pas la chance de voir tous les jours. Cela prenait du temps mais les émotions et les sentiments passaient. Il y avait une vraie communication.

Avec l’arrivée du téléphone portable et sa banalisation, la situation a complètement basculé. Un paradoxe. Aujourd’hui, les cartes de vœux ont pratiquement disparu et ont été remplacées par des messages informatiques impersonnels rédigés avec un minimum de mots, souvent envoyés à un même groupe de destinataires. Sans parler des messages vocaux pré-enregistrés qui sont insupportables.

Par contre les appels téléphoniques directs ont pratiquement disparus. De ce fait, la personne qui est seule ce jour là se sent encore plus seule que d’habitude. Cette année fut pire que les autres années. Les messages informatiques affluent, j’essaie d’y répondre en personnalisant chaque mot. Pas question par SMS de refaire le monde. En trois mots l’histoire est réglée. Pas un appel téléphonique de la journée. Je n’ai pas émis un seul son vocal. J’aurais pu en passer c’est vrai mais je me suis trouvé face à mes propres contradictions. « Ce n’est pas l’heure, je vais déranger, la personne est peut être en vacances etc. » Lorsqu’on est seul, il est très difficile de faire le premier pas. Combien de fois on veut appeler un tel ou une telle, mais on préfère attendre. Même avec sa propre famille. Ce n’est pas normal que l’on puisse se censurer de la sorte.

Le soir arrivant, vous n’avez plus qu’à reprendre tous ces messages écrits reçus et continuer à y répondre en jonglant avec les erreurs de frappe et surtout ne pas écrire les mêmes formules que l’année précédente – tout se conserve sur les fils d’expédition et de réception -. Le sommeil vous guettant, vous êtes crevé. Vos doigts, déjà atteints d’une certaine rigidité articulaire, sont crispés à force de taper sur les touches minuscules de votre clavier de smartphone.

Vous avez reçu des dizaines de messages, mais vous n’avez pas parlé une seule fois de la journée. Comme vous n’avez pas pris le temps de téléphoner à quelqu’un pour vous décongestionner les cordes vocales, il ne vous reste plus qu’à chanter à tue tête la Marseillaise ou à lire à haute voix un texte de Proust en bien articulant chaque syllabe afin de vous débloquer les mâchoires et vous dégraisser les cordes vocales.

L’an prochain, je prendrai le bottin téléphonique à une heure du matin et j’appellerai des inconnus…

JCM-Bordeaux @ 18:45
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Mariella Devia au Grand Théâtre de Bordeaux, un diamant pour Noël.

Posté le Dimanche 15 décembre 2019

Malgré le faible remplissage de la salle du Grand Théâtre de Bordeaux, le public présent, venu de tous les coins de France et d’Europe, était avant tout un public aficionado de Mariella Devia, célèbre cantatrice italienne, une des plus grandes de ces cinquante dernières années. Rares sont les bordelais qui la connaissaient. Pour ceux qui la suivent depuis de nombreuses années, seuls les nombreux enregistrements font foi, car sa présence sur les scènes françaises fut très rare.

Contrairement à certaines de ses consoeurs actuelles, elle n’a jamais beaucoup bénéficié des soutiens médiatiques. Quand je pense que sa venue exceptionnelle en France et plus particulièrement à Bordeaux – merci la Direction de l’Opéra de Bordeaux – n’a pas retenue l’attention de la presse locale, on a le droit de se poser des questions.

Au cours de cette magique soirée, dans un répertoire fait pour elle, elle nous proposa ses quatre musiciens compositeurs de prédilection, Rossini, Bellini, Donizetti et Verdi. Pour chacun d’entre eux, elle nous offrit deux ou trois mélodies puis un air de bravoure d’un de leur opéra. C’est ainsi que nous avons pu une nouvelle fois tomber sous le charme de cette voix unique, précise, puissante au timbre saisissant, idéale pour ce répertoire de bel canto. Tout au long de ce récital, elle était accompagnée au piano par son complice Giulio Zappa.

Merci chère Madame pour cette immense leçon de chant en guise de cadeau de Noël !

Jean-Claude Meymerit, le 15 décembre 2019

JCM-Bordeaux @ 13:59
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Au TNBA de Bordeaux : George Dandin fait plouf !

Posté le Vendredi 13 décembre 2019

« …le meilleur parti qu’on puisse prendre, c’est de s’aller jeter dans l’eau la tête la première. » Cette réplique finale de la pièce de Molière George Dandin ou le mari confondu, ne pouvait pas mieux tomber.

Qu’est ce qui s’est passé ? Je me suis ennuyé, c’est long et lent. Trop lent.

Connaissant très très bien cette œuvre de Molière, je me faisais une joie de découvrir la mise en scène de Jean-Pierre Vincent, metteur en scène que j’apprécie beaucoup. Cependant, sa mise en scène ne peut pas nous faire oublier celles des nombreuses productions passées, sans oublier la plus célèbre, celle de Roger Planchon.

Ce n’est pas l’austère décor bâti qui m’a gêné, bien au contraire. Ce ne sont pas non plus tous ces symboles du monde rural – un puits au milieu de la cour intérieure, de la paille, des chiens en coulisses et surtout une efficace paire de fesses de vache – qui ont entravé le déroulé de l’action. Bien au contraire. Ce n’est pas la mise en scène proprement dite qui m’a gêné. Elle est précise et moderne. Mais là où la bats blesse ce sont les débits excessivement lents, la mauvaise articulation, les voix frisant la laideur, les effets vocaux de certains comédiens. Combien de fois l’ai-je écrit dans les colonnes de ce blog ; pourquoi les comédiens sont-ils obligés de crier, d’allonger les voyelles de certains mots en les vociférant, de mal finir leurs phrases… ? C’est insupportable.

Les critères de timbre de voix, de couleur, de projection, de diction…ne sont-ils primordiaux dans le choix de comédiens ? Les castings ne sont-ils pas fait pour ça ? Sur le nombre impressionnant de comédiens sur le marché du travail, je me demande toujours comment peut-il y avoir tant d’erreurs de distribution et comment se fait-il qu’on ne puisse pas trouver de comédiens dignes de jouer un grand Molière.

Comme disaient mes voisins de spectacle, en se levant péniblement de leur siège, « on se serait cru à un spectacle de collégiens ! »  - il faut dire que nous étions encerclés de collégiens pas très motivés…-. Certes c’est exagéré mais il est vrai que ce George Dandin de Jean-Pierre Vincent ne faisait pas très professionnel. J’ai vu des Compagnies amateurs monter Dandin – sans subventions publiques excentriques- dans de passionnantes mise en scènes et surtout interprétaient par des comédiens habités par les personnages aussi bien par leur voix et par leur jeu. Ca existe heureusement !

 

JCM-Bordeaux @ 20:02
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La simplification administrative a encore frappé !

Posté le Jeudi 5 décembre 2019

Bonjoureee ! me dit cet agent d’accueil d’un grand hôpital public bordelais. Ajouter un e si prolongé à la suite du mot bonjour a le don de faire sortir mon ergot de gallinacés, surtout que cette cascade phonétique de e, du plus fort au plus léger, ressemble à s’y méprendre à la chaîne des œufs – et non des e – à l’intérieur de l’oviducte d’une poule. Lui ayant retourné la politesse avec un bonjour – sans e – elle m’entraîne dans un questionnement digne d’une enquête policière alors que je viens dans cet établissement, pour un suivi annuel, depuis de très nombreuses années.

A la demande de mon adresse mail, blocage. Je lui dis « jean tiret claude point meymerit …» etc. Aussitôt, elle me rétorque : « Le tiret du 6 ou du 8 ? ». Ca y est, ça recommence ! Cette question a toujours eu le don de m’exaspérer. Je suis tellement habitué à cette question ridicule, que je lui réponds « le tiret normal qu’il y a dans le prénom de jean-claude ». Elle reste tétanisée. Qu’avais-je dis de si étonnant ? Elle insiste lourdement « vous devez bien savoir si c’est le 6 ou le 8 ». Je ne sais pas, je suis sous Mac (*). Alors là, à en croire qu’elle entendait ce mot pour la première fois, ou bien pensait-elle peut être que c’était une insulte, elle tapa je ne sais quoi, sortit une fiche d’enregistrement sans me dire un mot. Affaire réglée. Pourquoi devrais-je m’incliner devant des questionnements aussi stupides, alors qu’il suffit d’une simple logique d’écriture. Ca y est, me voilà prisonnier de cet hôpital parce que je ne sais si mon tiret est sous le 6 ou sous le 8. C’est insupportable.

La consultation m’obligea de revenir dans ce même service dès le lendemain pour une précision médicale. L’angoisse ! Je vais être obligé de subir à nouveau les interrogatoires des cerbères de l’accueil. Le rendez-vous était fixé à 10h et mon passage à l’accueil ne devait être qu’une simple formalité (d’après mon médecin). Discipliné, je prends mon ticket de passage n° 903 à 9h25. A l’écran était affiché le numéro 900 et au guichet six dames papotaient. Dans la salle d’attente une seule personne, moi, alors qu’en temps normal il y a un monde fou. Après vingt minutes d’attente, plus que trois dames à l’accueil qui riaient, regardaient des photos sur leurs téléphones portables etc. Ma présence abandonnée dans la salle d’attente ne les préoccupait absolument pas. Le chiffre 900 était toujours affiché.

N’y tenant plus et voyant 10h approcher, je me dirige vers le comptoir pour demander à une des dames pourquoi je ne suis pas appelé alors qu’il n’y a personne. Elle me répond « vous croyez que je tricote ! ». Bien sûr aucune explication de sa part. « votre nom ? » me lança t-elle. A partir de cet instant le cauchemar de l’interrogatoire tant redouté surgit. Impossible d’expliquer que j’étais venu la veille, que j’étais en règle, que le médecin lui avait signalé ma venue. Nenni, elle ne voulait rien savoir et écouter. Elle n’arrêtait pas de me répéter qu’en lui posant des questions je l’empêchais de faire son travail. Alors qu’elle avait tous les documents sous les yeux : ma carte vitale, ma carte d’identité, ma carte mutuelle, le mot du médecin. Rien n’y a fait elle voulait savoir si j’étais marié, divorcé….si j’avais des enfants…qui est mon médecin traitant…Enervé je lui dis que je ne veux pas répondre à toutes ces questions auxquelles j’avais répondu déjà la veille et que tout été déjà inscrit dans le fichier de l’hôpital. Sa seule défense a été de me dire : « j’indique dans votre dossier que vous ne voulez pas répondre aux questions » puis rajoute conquérante « vous ne serez pas remboursé ». Ma réponse fut claire et nette : « je m’en fous, redonnez-moi tous mes documents » et suis parti à mon rendez-vous de 10h.

Lorsque j’ai demandé à mon médecin pourquoi il n’y avait aucun patient dans les couloirs et pourquoi autant de laxisme et de zèle réunis chez les agents de l’accueil, sa réponse m’a éclairé : « tous les responsables du service sont en séminaire pour la journée… ».

(*) pour tous ceux qui ne le savent pas : sous PC Windows et sous Mac Apple les signes des fameux tirets ne sont pas placés sur les claviers au même endroit.

JCM-Bordeaux @ 15:55
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Coquines bornes de contrôles du métro !

Posté le Dimanche 24 novembre 2019

Resquiller ! Qui n’a pas rêvé une fois dans sa vie de resquiller ? Tout le monde, mais de là à resquiller par obligation, le scénario est plus cocasse. Après une escapade à Amsterdam, j’arrive par le célèbre train Thalys à la Gare du Nord de Paris. Pour rejoindre la gare Montparnasse je n’ai qu’une petite heure de battement pour sauter dans un Tgv, direction Bordeaux. C’est chaud !

A peine posé mon pied sur le quai de la Gare du Nord, je repère vite la direction de la bouche de métro. Sauvé je la vois. Après avoir déambulé dans les couloirs suivant toujours le précieux fléchage, je me trouve subitement acculé, comme pris dans un piège à rats devant une armée de bornes automatiques de contrôles. Je devais passer le code barre de mon billet Thalys devant le lecteur automatique. Hélas, je n’avais pas de code barre, seul un numéro de dossier imprimé sur une vulgaire feuille de papier. Quoi faire ? Aller à un guichet ? Où ? Pas un seul à l’horizon du côté de ma prison. Par contre, j’en voyais qui me narguaient de l’autre côté. Les bornes, elles, continuaient à me surveiller avec leurs bras de ferrailles se levant et s’abattant avec fracas. On aurait dit un troupeau de mammouths face à moi. Il n’allait tout de même pas me faire baisser la tête. Je franchirai ce barrage coûte que coûte. Je ne devais pas rater ma correspondance à Montparnasse.

Ayant très souvent vu des jeunes sauter comme des moutons ces barrières, l’idée me vint d’en faire autant. Seulement voilà, mon caban, mon sac de voyage et ma souplesse bien connue, m’ont arrêté net dans mon intention.

Suis-je bête, si je collais un mec d’assez près (pas une femme afin de ne pas en plus avoir d’autres ennuis), juste le temps de passer collé à lui le temps que le portillon s’ouvre et se referme. Mon sac de voyage bien écrasé sur le ventre, je piste un mec surtout pas trop gros et sans bagage et je le suis. Avant cette élancée, J’avais repéré le temps qu’il fallait au portillon pour se refermer. C’est bon j’avais le temps, à condition que le mec ne trébuche pas devant moi ou ne se laisse pas coincé un bras. On aurait été malins lui et moi poings et mains liés coincés par le portillon. Ceci dit, on aurait fait ainsi une partie du travail pour la police. Heureusement tout s’est bien passé et j’ai eu largement le temps de passer derrière mon innocent complice qui ne s’est rendu compte de rien. Ou plutôt habitué à ce genre de technique.

J’arpentais à toute allure les couloirs pour rejoindre ma ligne de métro choisie.

Manque de chance, deuxième barrage. Cette fois-ci il fallait glisser un ticket de métro dans la borne. Pas de problème, j’avais acheté il y a quelques semaines un carnet de tickets. J’introduis un ticket, rejeté car pas valide, un deuxième rejeté car pas valide, un troisième rejeté car pas valide. Je commence à paniquer car les minutes passaient et je n’étais pas encore sur le quai de Montparnasse. Le temps que cherche autour de moi, dans des torrents de personnes qui avancent vers ces avaleurs de tickets, impossible d’apercevoir un guichet, un contrôleur, un agent de sécurité. Voyant mon désarroi, un mec me propose spontanément que je me mette  devant lui, il se colle à moi, il met son ticket dans la machine, le portillon s’ouvre et nous passons unis pour la vie et la mort.

Soulagé je remercie le mec et me retrouve nez à nez avec un autre couple, mais cette fois il était en uniforme. C’était des contrôleurs. Vite escapade. Ces agents ne nous avaient pas vus.

Je bondis dans une rame avec la crainte d’être contrôlé en cours de transport. J’avais bien mon carnet de dix tickets, mais aucun n’était validé. A Montparnasse, repanique. Et s’il fallait passer le ticket à un nouveau contrôle ? Non sortie libre. Une fois dans le hall, je me précipite vers un guichet pour avoir des explications sur l’état de mes tickets. La dame de l’accueil me dit d’une manière désinvolte, « ils sont démagnétisés ! ». Elle échangea tous mes tickets et je monte les escaliers quatre à quatre. Je n’avais que dix minutes devant moi.

J’avais traversé Paris en métro sans titre de transports. Tout compte fait c’est excitant. Il suffit de trouver un partenaire de jeu à chaque borne de contrôle. Voilà une piste pour de belles  rencontres d’âmes seules !

 

JCM-Bordeaux @ 10:08
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A l’Opéra d’Amsterdam : Eva-Maria Westbroek la déesse du Walhalla.

Posté le Samedi 23 novembre 2019

C’est Eva-Maria Westbroek qui devrait avoir le titre de déesse dans la production de la Walkyrie de Richard Wagner à l’Opéra-Ballet national d’Amsterdam. Malgré le casting très alléchant de l’affiche, il semble, dans ce gigantesque et magnifique dispositif scénique, avoir perdu un peu de sa saveur. Tout ne fonctionne pas comme nous le rêvions.

Et lorsque je parle de fonctionnement, j’y inclus la machinerie qui s’est enrayée en nous donnant un final de l’ouvrage où l’attention était plus portée sur la panique des machinistes que sur les notes musicales de l’Orchestre. Les regards des musiciens lorgnaient ces immenses plateaux de bois coincés au dessus de leurs têtes tel un mikado. Ce capharnaüm visuel très regrettable nous a privé de cette éternelle et émouvante scène finale de l’embrasement du rocher. Comme Brünnhilde n’a pas été entourée d’un cercle de feu, voilà peut être le moyen de raccourcir l’histoire de la tétralogie de Wagner en imaginant une suite de l’histoire sans la bravoure de Siegfried. Ainsi, pas besoin d’être un vaillant héros pour passer une rampe de feu infranchissable. N’importe quel randonneur voyant une jeune femme dormant à poings fermés et allongée au plus haut d’un rocher, ne restera pas insensible à son charme, sans que cette union fasse changer la face du monde. Même les Filles du Rhin auront la paix.

Pour revenir à la soirée néerlandaise, en plus de cette mésaventure technique, côté chanteurs je suis resté sur ma faim. Des grands noms du chant wagnérien étaient sur scène. Et pourtant. Ils semblaient abandonnés, avec d’énormes faiblesses vocales.

Le Hunding de Stephen Milling, passait de très beaux et forts accents à des notes à peine perceptibles. Etonnant ? La Fricka de Okka von der Damerau a su s’imposer par son jeu et sa voix en vraie maîtresse des lieux, mais son mari le Wotan de Iain Paterson, m’a semblé avoir quelques soucis de puissance et d’engagement alors que dans d’autres productions il s’était fait remarqué. Quand je pense qu’il est le Wotan du nouveau Ring de Paris, j’ai quelques craintes. Tous ces constats ne viendraient-ils pas de ce dispositif scénique difficile ? La Brünnhilde de Martina Serafin est une prise de rôle. Quelques notes acides par ci par là, avec peut être un jeu un peu trop académique. Même si j’aime beaucoup cette chanteuse, l’ayant découverte à Toulouse dans la Maréchale qui fut pour moi une révélation puis dans Sieglinde et Isolde à Paris, elle est dans Brünnhilde très loin de Lise Lindstrom, d’Evelyn Herlitzius, d’Irène Théorin, d’Ingela Brimberg (extrordianaire Brünnhilde de Bordeaux), et bien sûr très loin de la sublime Nina Stemme.  Là où c’est vraiment critique, c’est pour Michael Köning dans le rôle de Siegmund. Il est très faible vocalement. C’est évident que dans une autre mise en scène et dans une petite salle il doit faire son effet mais ici à Amsterdam c’est la noyade. Son « Wälse » en particulier est parfait, sauf que tout est faible. Cette différence s’est fait surtout sentir dans tous ses duos avec celle qui fut la déesse de la soirée, Eva-Maria Westbroek dans Sieglinde. Elle est le personnage, belle, sensible, émouvante…Sans jamais forcer la voix, elle envahie le plateau et la salle, par ses accents si reconnaissables et la beauté de ce timbre charnel et fruité qui va si bien au personnage terrien de Sieglinde. Ce déséquilibre vocal avec son frère était trop marqué.

Pour Les Walkyries, je n’ai entendu que cacophonie et certaines notes très stridentes. Les voix ne s’accordaient pas. Lorsqu’on se souvient des Walkyries de la récente production de Bordeaux, on ne peut qu’avoir de la nostalgie. Peut on dire que c’est la faute une nouvelle fois à ce dispositif si imposant que les chanteurs ont un peu peiné aussi bien vocalement que scéniquement ? C’est en partie vrai mais pas pour tous les chanteurs.

Cette production reste toutefois magnifique. Lorsque Pierre Audi l’a imaginé en 1998, c’était osé. Chaque public prend ses repères, ses codes, dans tout ce qu’il voit sur scène. De la lance surdimensionnée allant du plafond de la salle à la scène aux faux balcons avec public, installés au dessus du plateau qui empiète sur les premiers rangs de la salle, tout est surréaliste. Cependant lorsqu’on regarde de plus près la mise en scène proprement dite, d’énormes erreurs et contre-sens apparaissent. Beaucoup de va-et-vient de bas en haut du plateau pas toujours justifiés. Des scènes où les personnages s’allongent sur le sol, pas des plus réussies. Le ballet des Walkyries est même ridicule.

Par contre les costumes de Eiko Ishioka sont très beaux avec des touches de grands couturiers surtout pour les Walkyries et Brünnhilde. La coupe du manteau de cette dernière est remarquable. La mise en scène de cette production fait penser par moment à celles de Wieland Wagner mais dépourvue de pureté et d’émotion. Une trouvaille est d’avoir placé tous les musiciens de l’Orchestre philharmonique néerlandais au milieu du plateau scénique. C’est beau et efficace. On se demande comment son chef Marc Albrecht Marc arrive à diriger cette masse orchestrale et tous les chanteurs avec autant de finesse et subtilités. Sa direction est envoûtante. Du grand Wagner « de chambre ». Combien de fois ai-je fermé les yeux, rien que pour écouter ce torrent de délicatesse musicale. La présence d’un orchestre au milieu des chanteurs nous offre une écoute rare de l’oeuvre de Wagner.

Eva-Maria Westbroek et Marc Albrecht resteront pour longtemps dans nos mémoires, les Dieux de cette Walkyrie hollandaise.

Jean-Claude Meymerit, 22 novembre 2019

 

JCM-Bordeaux @ 11:53
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Le Labo de Thomas Dolié : une culture de molécules musicales.

Posté le Dimanche 3 novembre 2019

Que l’on se soit un musicien très pointu, un amateur musical averti ou que l’on soit un passant de la rue qui regardant par la fenêtre de la Machine à musique-Lignerolles à Bordeaux franchit le seuil de la boutique, on est tous pris par ces deux heures passionnantes de découvertes et de beautés musicales.

Face à une salle bondée, avec des gens débout et assis à même le sol, Thomas Dolié, célèbre baryton qui chacune de ses apparitions sur les scènes lyriques fait un triomphe, devient chef de Labo d’un soir. Accompagné de ses complices Anthony Sycamore, pianiste et Alexis Descharmes violoncelliste à l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, ils animent tous les trois cette soirée avec aisance, humour et professionnalisme. Ces trois artistes nous dissèquent les lieder choisis. Ce soir sur la paillasse du Labo, Alexandre Borodine et Frantz Schubert. Chaque lied est interprété, corrigé, analysé tout en demandant l’avis du public sur les changements apportés. Un vrai travail pédagogique et interactif. Du grand art.

Au cours de ce cycle  » le Labo du chanteur  » de talentueux artistes, de surcroit bordelais, tous reconnus dans le monde lyrique viennent ou vont venir nous enchanter : Aude Extrémo, Gaëlle Flores, Sébastien Guèze, Florian Sempey, Stanislas de Barbeyrac et bien d’autres, sans oublier bien sûr Thomas Dolié avec cette voix reconnaissable entre toutes : charnelle, profonde, puissante et au timbre magnifiquement coloré.

Pourquoi ne voyons-nous pas plus souvent cet artiste sur nos scènes lyriques, dans de grands rôles d’opéras ? Le mystère sur les critères de choix des Directeurs de théâtre.

Jean-Claude Meymerit, 2 novembre 2019

Nota : pour notre culture générale, on a appris en aparté que Borodine chimiste de formation est à l’origine d’une découverte scientifique appelée « la réaction Borodine ».

JCM-Bordeaux @ 10:45
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Quand le Brexit récupère Molière !

Posté le Vendredi 1 novembre 2019

En me promenant dans les allées colorées de ma librairie préférée, je suis attiré par la couverture rouge d’un gros livre.Ce bouquin est consacré à un fragment de vie d’un grand syndicat français qui a œuvré dans un festival musical réputé du Sud-Ouest de la France.

En feuilletant les toutes premières pages, je tombe sur une boulette des plus insolites et des plus hallucinantes. Il est dit dans une page de préface que la réplique « qu’allait-il faire dans cette galère » est de Shakespeare. Pensant que mon cerveau était parti en vrille sous l’effet d’un coup de chaleur, je relis le paragraphe en entier pour en être bien sûr. C’était bien écrit.

Je savais déjà que certains détracteurs de Molière pensent que c’est Corneille qui avait écrit certaines pièces comiques de notre cher Jean-Baptiste national, mais de là à imaginer que son homologue d’outre-Manche ait écrit les Fourberies de Scapin, il y a de quoi mettre en transe tous les étudiants français en manque de sujets de thèse (*).

Comment une telle boulette est-elle passée à la barbe de tous les auteurs, les infographistes, les correcteurs, l’éditeur de cet ouvrage ? Surtout que le mot Shakespeare est plus compliqué à orthographier que le mot Molière ! En lisant cette affirmation dans un livre qui se veut sérieux et diffusé en librairies, toutes mes connaissances littéraires théâtrales de base, s’effondrent.

Aussi, je propose à l’union européenne de revoir ses classiques et de redistribuer les cartes : si le Brexit empiète déjà sur nos références françaises, pourquoi ne pas lui rendre la pareille et décider que « to be or not to be » soit de Molière !

Aussi, je compte vivement sur ce syndicat pour nous dévoiler dans un prochain bouquin d’autres secrets de la littérature française.

Jean-Claude Meymerit

(*) afin de ne pas froisser certaines susceptibilités intellectuelles, je précise un point que tout le monde connait : Molière avait lui-même emprunté cette réplique dans une pièce de Savinien de Cyrano dit de Bergerac, intitulée Le Pédant joué.  C’est ce même Savinien de Cyrano de Bergerac qui inspira plus tard Edmond Rostand pour  écrire son chef d’oeuvre : Cyrano de Bergerac. Mais que vient faire William Shakespeare dans cette galère ?

JCM-Bordeaux @ 10:18
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Au Capitole de Toulouse, Norma allume le bûcher

Posté le Lundi 30 septembre 2019

Marina Rebeka et Karine Deshayes triomphent et enflamment le Capitole de Toulouse dans une nouvelle production de Norma de Vincenzo Bellini, mise en scène par Anne Delbée. Pour ces deux cantatrices, ce fut un délire du public au moment du salut final.

Marina Rebecca a cet aplomb dans la voix. Elle tient ce rôle du début à la fin de l’ouvrage avec une ligne de chant belcantiste, allant du grave bien posé aux aigus percutants, tout en gardant cette fraicheur de timbre. Elle est à la fois par son jeu et sa voix, la vengeresse déterminée, la mère coupable et surtout l’amoureuse cachée. Sa confidente Karine Deshayes est Adalgisa. Elle a ce « je ne sais quoi » qui nous fait chavirer par son grain de voix, son velouté, sa puissance dans les aigus et ces phrasés dans les graves qui malgré un peu de perte de noirceur, nous envoutent. La communion de ces deux voix féminines est magique. Dans leurs duos, elles sont toujours reconnaissables dans les moindres détails. Du grand art.

Chez les hommes, nous restons un peu sur notre faim. Pollione en la personne de Airam Hernandez démarre au premier acte sur les chapeaux de roues, avec une puissance de voix, ensoleillée et très bien projetée. Les passages dans les tonalités plus aigues semblent rester un peu en arrière. La fatigue peut être. Prévu dans le second casting il a dû assurer toute la série. Ses quelques difficultés semblent passagères. C’est un grand ténor comme on les aime, généreux.

Tous les seconds rôles, par contre, semblent assez faibles et très en retrait physiquement et surtout vocalement.

Les chœurs du Capitole toujours au top de leur talent. C’est toujours une émotion de les écouter. L’Orchestre national du Capitole n’a fait qu’une bouchée de cette partition, grâce à la baguette subtile et magique tenue par le maestro Giampolo Bisanti.

Reste la mise en scène de Anne Delbée. Elle connait très bien l’histoire et toutes les légendes qui sont rapportées à cette période historique entre les gaulois et les romains. Cependant par moment il n’y a qu’elle qui s’y retrouve, car entre les surtitrages, et les symboles traditionnels disparus – les époux ne se jettent pas dans les flammes, il n’y a pas de gui, de gongs, d’armes, de morts… – et tous ceux qu’elle a rajoutés – on finit par s’y perdre. Est-ce grave ? Je ne pense pas. La musique parle d’elle même. Par contre, avoir ajouté des textes parlés, diffusés par hauts parleurs pendant l’ouverture musicale de l’œuvre et au cours du spectacle, je dis stop !  Si je vais à l’opéra c’est pour entendre de la musique, ce n’est pour écouter des textes, non voulu par l’auteur, masquant la musique. De plus ces textes étaient très mal dits comme si à Toulouse il n’y avait pas de comédien sachant articuler avec un timbre intéressant. On ne comprenait rien du tout. Il est curieux qu’un metteur prenne la liberté de nous priver de musique pour laisser la place à des textes parlés. C’est une trahison.

Jean-Claude Meymerit le 29 septembre 2019

PS : pendant tout le premier acte et dans d’autres scènes du spectacle, des projecteurs, dont un blanc super puissant, installés dans les cintres se reflétaient sur le praticable de scène en éblouissant le public placé dans les hauteurs. On ne pouvait pas distinguer les visages des protagonistes.

 

JCM-Bordeaux @ 10:30
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Les Contes d’Hoffmann à Bordeaux : le Grand Théâtre dans le Grand Théâtre !

Posté le Lundi 23 septembre 2019

Pourquoi pas ! Ce n’est pas la première fois qu’un metteur en scène utilise la reconstitution scénique d’un théâtre dans une production lyrique. Ça provoque toujours son petit effet. Ce soir, à l’occasion de la présentation de l’unique opéra de Jacques Offenbach, les Contes d’Hoffmann, sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux, le très beau décor, fidèle à son modèle semble toutefois compliquer quelque peu la compréhension déjà très alambiquée de l’intrigue. La reconstitution du hall avec son grand escalier s’organise au fil des tableaux, comme un jeu de construction. Parfois cela fonctionne, d’autres fois l’imposant dispositif handicape fortement l’histoire et l’intensité dramatique de l’œuvre. Pourquoi ?

Déjà que l’histoire de cet opéra n’est pas des plus évidents, où s’entrecroisent les rêves, la fiction, la magie, la réalité, les travestis, les mélanges de personnages…Vincent Huguet a rajouté sa touche de complications, tout en voulant simplifier. Ce paradoxe en devient alors unique et très passionnant.

Le décor est tellement grandiose et beau qu’il ne doit servir que d’écrin à l’écoute. Le reste tant pis si on ne comprend pas toutes les subtilités et tous les détours dramatiques de l’œuvre. Le metteur en scène a fortement insisté sur l’allusion, voulue par Offenbach, d’une représentation de Don Giovanni, en plaçant toute l’oeuvre au Grand Théâtre, aussi bien vu des coulisses, de la salle, du bar et du hall d’entrée. On est immédiatement plongé dans cet univers. On y aperçoit les divers métiers d’un théâtre : les musiciens, les pompiers, les couturiers, les machinistes, les ouvreuses, etc. C’est intelligent mais malheureusement cela ne fonctionne pas toujours. C’est parfois même un peu tiré par les cheveux. C’est aussi l’œuvre qui veut ça. Elle est assez tarabiscotée.

Ce n’est pas Hofmann qui voit en la personne de la diva Stella, l’image de ses trois anciennes aventures amoureuses, mais c’est Stella – elle-même – cantatrice adulée qui chante ces trois opéras bien distincts – Olympia, Antonia et Guiletta – Elle interprète ces rôles sur la scène du Grand Théâtre reconstitué (en plus du Don Giovanni !). C’est là où tout se complique. Je ne sais pas si vous suivez ?

C’est cette différence entre vision et réalité qui crée l’ambiguïté dans la  compréhension. Pour exemple : la poupée automate, vue par Hofmann, devient une chanteuse qui s’amuse en chantant et non une poupée automate chantante… Du coup cet acte, d’habitude si joyeux, tombe un peu à plat.

Par contre, à l’acte d’Antonia, avoir remplacé les flacons de poison par des partitions musicales est une trouvaille géniale. Combien d’agents d’artistes ou de directeurs de maisons lyriques font miroiter un avenir merveilleux à de jeunes chanteurs en leur proposant des prises de rôles au dessus de leurs moyens, ce qui les détruit dans les années qui suivent. Ce parallèle est remarquable.

Ayant vu cette production bordelaise deux fois coup sur coup, je pense qu’il ne faut pas chercher trop loin. Le public doit piocher dans cette immense fresque musicale, ce qu’il a envie d’entendre et de voir. Peu importe de savoir qui est qui, qui fait quoi. Sinon on passe son temps à essayer de tout comprendre et on zappe le principal qui est la musique, les voix et le plaisir des yeux.

Depuis le temps que je vois des Contes d’Hofmann sur diverses scènes lyriques, je ne me suis jamais cassé la tête à essayer de comprendre l’intrigue au mot à mot. C’est un opéra tellement complexe qu’il vaut mieux se laisser bercer par ce torrent d’airs, de mélodies magnifiques…qui varient en fonction des versions. Celle que nous applaudissons en ce moment au Grand Théâtre m’a fait découvrir de nouveaux airs et d’ensembles que je n’avais jamais encore entendu dans cette oeuvre.

Cette version choisie à Bordeaux de Kaye et de Keck est proposée par Marc Minkowski. Grâce à l’Orchestre national de l’Opéra, elle sonne en précision et brille en couleurs.

Les trois rôles féminins sont tenus par Jessica Pratt, que je ne connaissais pas très bien avant cette prestation. Comme souvent, lorsque les rôles sont chantés par la même interprète, quelques carences apparaissent dans chacun des personnages. C’est le cas. Me manquent certaines pirouettes et vocalises dans Olympia, un peu plus d’émotion vocale chez Antonia, et surtout un peu plus de couleurs graves chez Gulietta. Hofmann, c’est Adam Smith, un jeune ténor de la trentaine à la fougue et le physique du rôle. Avec quelques difficultés dans certains passages vers les aigus, de ce rôle écrasant, il sort de ses gonds pour nous offrir un jeune poète aux accents chaleureux et puissants. Ce chanteur par son charisme et son engagement vocal est à suivre. Vivement de le voir dans d’autres rôles ! Les diables de Nicolas Cavallier sont excellents comme ce que fait toujours cet immense chanteur dans tous les rôles qu’il aborde. Une voix plus sombre pour tous ces rôles de démons ? Non, car avoir une telle articulation et un jeu comme lui, ne nous privons pas de ses prestations uniques. Aude Extrémo dans Nicklausse – rôle que j’affectionne plus particulièrement – a toujours ce timbre envoûtant et prenant, avec une présence scénique altière et précise. Son air du second acte vaut à lui seul  l’achat d’une place au spectacle.

Tous les seconds rôles sont sublimes. Quel plateau ! Une mention spéciale pour Marc Mauillon dans les quatre rôles de serviteurs, à la présence affirmée et la voix claire et très bien projetée. Une mention aussi à Christophe Mortagne dans Spalanzani, quelle précision !  N’oublions pas non plus le talentueux Eric Huchet et Jérôme Varnier à la voix chaude et sonore qui ne déçoit jamais son public..

Tout ce beau monde qui ne demandait qu’à s’éclater, s’est trouvé un peu corseté dans les griffes de Vincent Huguet et par l’architecture de notre très bel opéra qu’est le Grand Théâtre de Bordeaux.

Jean-claude Meymerit, 22 september 2019

JCM-Bordeaux @ 9:24
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