La Walkyrie à Baden Baden : les femmes mènent les hommes, 2 à 0 !

Posté le Dimanche 10 juillet 2016

En cette première du concert de Die Walküre de Richard Wagner donné au Festspielhaus de Baden Baden en Allemagne, pourquoi le public était si clairsemé ? On aurait cru une garde-robes (à en croire les tenues vestimentaires chicos du public…) attaquée par une armée de mites. Normalement, vu les difficultés à trouver une place depuis des mois, nous aurions dû supporter notre voisin pendant plus de quatre heures genoux contre genoux. Ce ne fut pas le cas car il fut très facile de changer de place. Une aubaine pour moi, j’ai pu passer ainsi d’une place moyenne de côté à une super place de face.

Pourtant ce concert de la Walkyrie se voulait être le top de la saison lyrique de Baden Baden, regroupant sur l’affiche, une palette de stars (Kaufmann, Herlitzius, Pape, Westbroek, Petrenko, Gubanova sous la baguette de Gergiev). Mais alors, que s’est il passé ?

Déjà notre Siegmund tant attendu, Jonas Kaufmann, a déclaré forfait (raison de santé, dixit la Direction). Pour ma part je garde un doute. N’oublions pas la seconde raison : ce soir là, la France affrontait l’Allemagne. Comme tout le monde comprend mon allusion, cela me fait économiser de la place et surtout me dispense d’employer des mots, qui pour moi, rien que de les taper, me crispent les doigts. Ces deux phénomènes réunis ont donné le résultat précité. De nombreuses places vides et nombreuses reventes de billets à l’entrée. Quel dommage !

Venons-en au concert proposé :

Valery Gergiev au pupitre de l’orchestre de Mariinsky. Malgré son doigté et sa gestuelle d’orfèvre, il ne m’a pas donné aucun frisson. c’était un peu brouillon. Ma comparaison s’appuie sur le concert de cette même Walkyrie à la Philharmonique de Berlin avec Simon Rattle à la tête de la Berliner Philharmonike. J’avais été envoûté et envahi d’émotions. À Baden, je n’ai pas entendu tous ces veloutés et sonorités des cordes en particulier et toutes ces nuances de violences des sentiments.

Le remplaçant de Kaufmann est Stuart Skelton. C’est un parfait Siegmund, classique. Sa sœur Sieglinde est Eva-Maria Westbroek, dont j’ai eu le bonheur d’entendre dans ce rôle à Francfort et à Berlin (sans compter la retransmission du Met de New York). Elle m’émeut toujours autant. Ce rôle est fait pour elle, féminité, fragilité et énergie. Son velouté et surtout ce timbre majestueux, font merveille.

Evelyn Herlitzius est Brünnhilde. J’ai une profonde admiration pour cette chanteuse (si mal connue en France). Ses prestations sont toujours impressionnantes. Quels souvenirs ! (ses trois Brünnhilde de la Tétralogie à Berlin, son Katia Kabanova à Bruxelles, son Léonore à Dresde, ses Elektra à Berlin et à Aix). Lors d’un Crépuscule des dieux à Berlin, j’avais versé quelques larmes pendant son air de l’Immolation. Dans cette production-concert de Baden Baden, elle réussit à occuper l’espace par son jeu et sa présence.  Sa voix, si particulière et immédiatement reconnaissable, nous enchante et nous impressionne toujours par sa puissance.

Ekaterina Gubanova est Fricka. Quelle mezzo ! Sa Fricka est solennelle. À chaque mot et note elle impose son personnage. Le phrasé est soyeux et parfaitement projeté.

Ces trois chanteuses interprètent souvent leurs rôles en production scénique. Elles s’impliquent à fond, plus particulièrement Eva-Maria Westbroek et Evelyn Herlitzius qui en sont des exemples majeurs. Leurs investissements scéniques et vocaux sont endiablés. De véritables tigresses, défendant chacune à leur manière, l’Amour.

Mikhail Pentrenko, m’a un peu déçu. Question de goût. Je préfère pour le rôle de Hunding une voix plus sombre. Lui est beaucoup plus dans la retenue et sa voix ne me semble pas assez épaisse pour ce rôle. N’est-ce pas un méchant ?

J’espérais beaucoup sur René Pape dans le rôle de Wotan. En dehors du fait que c’est le seul à lire la partition à un pupitre, il semble un peu en retrait de l’histoire. Son phrasé et son timbre sont toujours des plus subtiles. René Pape reste toutefois le baryton-basse que l’on aime.

Je ne voudrais pas conclure le bref résumé de cette soirée wagnérienne allemande sans évoquer le magnifique choeur des Walkyries. Des voix généreuses avec des timbres très marqués et somptueux. C’est rare d’entendre cet ensemble des huit Walkyries avec autant de personnalités vocales.

Malgré quelques réticences globales et particulières sur ce concert et ses protagonistes, cette soirée restera gravée dans ma mémoire rien que pour les performances des trois héroïnes féminines et du choeur des Walkyries. Malgré moi, j’ai eu droit moi aussi à mon match !

Jean-Claude Meymerit

9 juillet 2016

 

 

 

 

 

blog JCM @ 14:07
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Y a-t-il une clé à pipe dans le train ?

Posté le Dimanche 10 juillet 2016

Dans le TGV, une annonce par la responsable du service restauration : « un contrôleur est demandé en urgence à la voiture bar. »

Quelques instants après, le contrôleur fait l’annonce suivante :  » un petit garçon vient de se coincer un bras entre deux sièges. J’ai pu devisé un côté du siège mais pour l’autre côté je ne peux pas car je n’ai pas de tournevis adapté. Quelqu’un aurait-il une trousse avec une clé à pipe ?  » Etonnement collectif dans le wagon.

La démarche du contrôleur était parfaite mais, qui part en voyage avec sa trousse de tournevis et de clés à pipe ? J’avoue avoir beaucoup ri. Je me suis surtout demandé si tous les voyageurs savaient ce qu’est une clé à pipe !

blog JCM @ 10:18
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Du verbe monopolicer !…

Posté le Samedi 2 juillet 2016

Le tram ralenti et stoppe entre deux stations. le chauffeur fait immédiatement une annonce  :  » nous ne pouvons pas entrer dans la station, la Police monopolice les voies ! «  La plupart des voyageurs se sont défoulés en ayant des propos peu élogieux sur la présence de  policiers sur les voies, moi j’ai préféré apprécier le gentil lapsus du chauffeur en émettant un petit rire discret.

blog JCM @ 14:29
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Un Organisme Grand Marketing (OGM) bordelais a frappé !

Posté le Dimanche 3 avril 2016

Elle m’a vraiment pris pour un OGM (Organisme Gros Mongol, comme dirait plutôt mon voisin l’ado) !

Je devais acheter 500 mini canelés. Avant de me précipiter chez le premier commerçant venu, je décide d’établir des comparaisons de prix et de qualité de ce fameux produit dit bordelais. Direction les boutiques bordelaises connues et moins connues qui fabriquent cet ingrédient de luxe (surtout du prix). Le prix d’un mini canelé oscille en effet entre 0,40€ et 1€ la pièce. L’écart est énorme !
Dans chaque boutique, j’achète un exemplaire de ce lingot d’or pour une dégustation approfondie. Dans une de ces boutiques, je tombe en arrêt, devant le prix unitaire de ce produit, 0,90€. Je signale à la vendeuse et patronne à la fois (c’est elle même qui s’est présentée comme étant Madame….), que son produit est cher et lui demande quelles sont les raisons de cette énorme différence de prix par rapport à ses concurrents.
La patronne-vendeuse ne se démonte pas et me répond « nous, tous nos produits sont régionaux et il n’y a pas d’OGM.« 
Mon sang passa tellement vite dans mon cerveau que j’ai failli m’évanouir devant tant d’aplomb. Elle m’a pris pour un demeuré.
Examinons les ingrédients d’un canelé type, utilisés par cette célèbre boutique : lait, oeufs, farine, sucre, beurre, sel, rhum, vanille.
Cherchons l’erreur ou les erreurs :
- sucre, vanille et rhum,  produits régionaux ???
- lait et beurre de la région, j’ai un doute. Qui est sans OGM : le soja, le mais, le fourrage donnés aux vaches…?
- les œufs, à part les oeufs de l’élevage personnel de la patronne, dans sa résidence secondaire…Production locale, j’en doute ???
- la farine, production locale de blé et autres céréales sans Organismes Génétiquement Modifiés, pourquoi pas !
Tout ceci semble frôler un effet de marketing au doûte certain !
J’aurais préféré de la part d’une grande professionnelle du canelé qu’elle me dise que sa boutique utilise la vraie recette (celle qui est tenue secrète par la Confrérie du canelé de Bordeaux) ou que le goût n’est pas le même etc…Tout, sauf que les produits de base sont régionaux et sans OGM. Elle m’a pris pour un vulgaire touriste avide de couleur régionale…avalant l’Opinion Grandement Menée (OGM) d’une commerçante peu scrupuleuse.
blog JCM @ 18:13
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Papy, fais moi le cri du cochon !

Posté le Dimanche 27 mars 2016

Dans une rame de tram, j’arrive à me faufiler, coincé entre une jeune femme à la valise roulante transportant au moins trois armoires de vêtements (je fabule), un jeune garçon au regard vitreux les écouteurs aussi grands que les oreilles de Mickey et un papy à l’âge très avancé pas très stable sur ses deux jambes (ou plutôt ses trois jambes, j’avais oublié la canne). Je ne parle pas bien sûr de tous les autres qui m’encerclent et me frôlent. Le wagon est bondé.
Ce jour là, manque de chance, je tombe sur un des chauffeurs cowboys de la Société de transport ! Qu’est ce qu’un conducteur cowboy : c’est un chauffeur qui actionne la manette de vitesse sans arrêt de bas en haut, si bien que tous les à-coups sont immédiatement perçus par les passagers, les perturbant dans leur maintien de personne debout.
J’essaie de trouver un posture bien stable pour pallier tous les tangages (je n’allais tout de même pas tenir les bras ou m’accrocher aux vêtements de mes voisins de proximité).
Manque de chance, le coup d’accélérateur de mon cowboy de service, me fit perdre l’équilibre et je tombe dans les bras de mon papy. Celui-ci, à la canne branlante se met à hurler à la manière d’un porc que l’on égorge (« je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».) Impressionnant. Quel puissant organe avait encore ce vieil homme !
 » Je fais ce que je peux » lui dis je calmement. Je lui adresse toutes mes excuses et je repris ma posture figée.
A l’idée que nous aurions pu nous retrouver tous entassé au sol, me fais beaucoup rire (après coup, bien sûr). Seul le cri porcin m’a impressionné !

blog JCM @ 15:20
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Voilà un vrai coup de foudre !

Posté le Dimanche 13 mars 2016

En ce jour de corvée hebdomadaire, je me rends dans un grand magasin de l’hyper centre de Bordeaux, pour me ravitailler en divers produits de consommation courante. J’ai une préférence pour les heures creuses du début d’après-midi.
J’arrive à la caisse et pose tout mon fatras sur le tapis. Je suis le seul. Le jeune caissier me dit bonjour et se prépare à encaisser mes produits. Tout à coup son regard se fige vers une personne qui vient d’arriver derrière moi et me demande aussitôt : « vous accepteriez de faire passer la personne ? » Je me retourne et constate que la jeune personne derrière moi avait quelques produits dans les bras, qu’elle n’était pas enceinte, qu’elle n’était pas handicapée, enfin rien qui méritait qu’elle passe en priorité. Elle n’avait pas non plus l’air d’être pressée. La seule particularité de cette jeune personne est qu’elle était très belle, tenue très branchée, maquillée, la classe…
Mon regard revenant vers le caissier, je lui dit : « pourquoi je la laisserai passer ? » Sa réponse fut : « je vous fais tout simplement une proposition« . Et il se met à valider ma marchandise. J’étais très surpris de cette question.
Tout à coup, je ne sais pas quelle mouche venait de le piquer, il se lève brutalement de son siège et fait passer les produits devant le lecteur de codes-barres à une vitesse inouïe en ayant le regard fixé vers la jeune personne derrière moi, il était tétanisé. Je n’existais pas.
« Ça fait 30,20€ » me dit-il, sans me jeter un seul regard ( et pour cause ! ).
« Je paie en carte bleue » dis-je. Il accepte le paiement en restant toujours happé par la personne.
J’emballe tout mon fatras, et lui dit au revoir.   »Bonne journée » me dit-il, puis il se rassoit et dit bonjour à celle qui lui faisait apparemment perdre la tête. Le regard de ce jeune caissier était sans vie. Il écarquillait de grands yeux noirs légèrement exorbités tel un jeune loup face à une tendre brebis prêt à la croquer. Sa bouche entrouverte laissait déjà entrevoir le début d’une belle aventure d’amouraché. Il venait d’avoir un coup de foudre à la Louis de Funès. Incroyable !
Tant bien que mal, je pris mes affaires et m’éclipsa. La file d’attente s’était allongée derrière la jeune personne. Je ne connaitrai jamais la suite de cette naissante idylle. Se sont-ils échangés discrètement leurs numéros de téléphone derrière le ticket de caisse ? C’est tout le mal que je leur souhaite. Voilà ce que l’on appelle un vrai coup de foudre.

blog JCM @ 16:28
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Au TNBA de Bordeaux, Le Jeu de l’amour et du hasard : du théâtre par excellence !

Posté le Vendredi 11 décembre 2015

Ouf ! Pas de fumée, de musique intempestive et polluante, pas de hurlements inutiles, pas de gesticulations parasites pour le texte. Enfin des comédiens qui articulent et dont on comprend chaque mot. Et pourtant j’étais tout en haut de la salle. Tout cela nous change et fait du bien ! J’avais fini par croire, ces dernières années, que j’avais des problèmes auditifs chaque fois que j’allais dans ce théâtre.

Toutes ces appréciations s’adressent à la pièce Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, à tous les comédiens mais principalement à Laurent Laffargue qui, avec son immense talent de sculpteur, a su, une nouvelle fois, nous entraîner dans un tourbillon d’idées nouvelles, d’intelligence et de précision. Le décor est beau et très efficace. Le jeu des acteurs, volontairement exagéré, fonctionne très bien. On est loin du marivaudage scolaire. Avec Laurent Laffargue nous sommes dans une pièce de Marivaux avec tous ses contours, allant du comique à la tragédie, basés un texte éternel et ultra moderne. Contrairement à certains autres spectacles de TNBA ou l’esthétique et les effets spéciaux prévalent sur le texte, ici avec cette pièce de Marivaux tous les ingrédients purement théâtraux y sont. Nous assistons à une pièce de théâtre et non à un spectacle. Cette différence est pour moi essentielle. Les cinq jeunes comédiens et le plus âgé sont les personnages de cette oeuvre. Quoi demander de mieux ? Leur beauté physique n’est pas non plus étrangère à la crédibilité de leur rôle.

Il faut courir voir cette pièce, on sort enchanté. Dans la rue on a envie d’aimer tout le monde. Est ce un hasard ? Demandez à Marivaux et à Laffargue.

Nota : ce soir grand concert dans toutes les gammes : toux, raclements de gorges, éternuements, grignotage bombons et gâteaux, crissement des bouteilles d’eau et surtout grincement des sièges, c’est insupportable. Bravo à l’équipe de comédiens d’avoir surmonté tous ces obstacles sonores.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 13:42
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Au Grand Théâtre de Bordeaux, les Chevaliers de la table ronde : coup de lance dans l’eau !

Posté le Vendredi 27 novembre 2015

Moi qui apprécie fortement ce genre de répertoire (comédie musicale, opérette, opéra bouffe), je m’étais fait une joie de découvrir cet ouvrage d’Hervé que je ne connaissais absolument pas. Seuls, les refrains de sa « Mademoiselle Nitouche » fredonnent dans ma tête.

Cette coproduction bordelaise des Chevaliers de la table ronde est montée à grands coups de communication, voire de marketing. En effet, tout est mis en place pour vendre ce spectacle comme un produit de consommation courante. L’enseigne/affiche annonce la couleur ou plutôt les deux couleurs, blanc et noir. D’emblée dans le hall d’entrée du Grand Théâtre le ton est donné avec des totems signalant la vente de l’enregistrement de cette œuvre. En effet, sur un immense comptoir, les CD attendent le client. Les programmes sont également au graphisme bicolore du spectacle. Tout ceci ne me dérange pas, bien au contraire, c’est classe et efficace. Nous sommes bien dans l’ère de la communication. On sent tout de suite que c’est une production de tournée avec tout son emballage commercial.

Dans la salle, le rideau de scène représente l’affiche du spectacle. Dès que celui ci s’ouvre, le décor et les costumes sont tous aux rayures et aux couleurs graphismes blanc et noir. Tout semble magnifiquement commencer.

Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans cette production ?

Ce ne sont que ces cris, des hurlements, un débit du texte parlé incompréhensible, une excessive gesticulation permanente des artistes qui nuit à la compréhension du texte. Je n’en pouvais plus ! Une bouillie (pour un opéra bouffe, c’est normal !!!). Ce n’est pas parce qu’un ouvrage s’appelle opéra-bouffe qu’il faut en rajouter des tonnes en forçant outrancièrement sur la manière de parler et de gesticuler. C’est un contresens.

Tous ces artistes à la fois chanteurs, comédiens, danseurs ont beaucoup de talent et de qualité, mais ce n’est suffisant s’il n’y a pas la compréhension du texte. Les couplets chantés, eux, sont beaucoup mieux défendus.

Ce qui m’a fait le plus rire et que j’ai trouvé le plus ridicule, ce sont les surtitrages. A quoi servent-ils ? Une opérette parlée et chantée en français avec un surtitreur. Le comble de l’absurdité ! Ce ne sont pas eux qui vont aider les artistes à se perfectionner. Au contraire.

Le jeu scénique va tellement vite avec mille choses sur scène qu’on n’a pas le temps de lire et inversement le temps qu’on lise on ne voit pas ce qui se passe sur scène. Ne vaudrait-il pas mieux que les artistes apprennent à bien articuler et « porter leur diction » plutôt que d’installer des outils modernes inutiles et parasites ? Ne vaudrait-il pas mieux également que les metteurs en scène respectent un peu plus avant tout les chanteurs, en jouant sur leur faiblesse et leur qualité.

En applaudissant avec chaleur, je voulais me persuader. Me persuader de quoi ? Que ce genre de spectacle est fait plutôt pour des salles de jauge moyenne ? Pas forcément. Il y a quelques années, toutes ces formes lyriques légères et drôles avec beaucoup de passages parlés étaient défendues jusque dans le plus haut des cintres de la salle du Grand Théâtre, il n’y avait pas de surtitrage ridicule et on comprenait tout.

L’articulation, la projection de la voix et le respect des metteurs en scène pour les chanteurs (et pour le public) étaient une priorité incontournable. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Claude Meymerit

 

 

 

blog JCM @ 16:12
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Festival de queues à la sauce de poule en tutu !

Posté le Jeudi 22 octobre 2015

Que se racontent trois queues lorsqu’elles se rencontrent ?

Si vous espérez trouvez dans ce texte des allusions douteuses ou coquines, vous vous trompez de blog.

Je veux uniquement évoquer et parler de « faire la queue ». Vous savez ces espèces de serpentin composés de couches successives de deux ou trois personnes, bien droites avec la tête sans cesse en mouvement telle celle d’un pigeon qui piste du coin de l’œil celui qui s’aventurerait à resquiller ou à faire semblant de connaitre un ami dans la file d’attente afin de grignoter quelques places.

Ce soir c’est un festival de queues qui s’est constitué sur l’esplanade autour du Grand Théâtre de Bordeaux, principalement du côté jardin. En effet, vu de la terrasse du monument (enfin je suppose) le spectacle est saisissant. Du cours du 30 juillet à la façade du théâtre, trois queues forment un immense dessin d’escargot.

La première queue démarre dans la gueule du célèbre restaurant bordelais, qui, heureux d’avoir gagné un procès sur son concurrent, continue d’offrir tous les soirs à une foule de moutons, sous la pluie, la canicule, le vent et le froid, son incontournable sauce à la recette bien gardée. Ce soir, cette queue atteint la rue qui sépare le trottoir de ce restaurant avec celui du Grand Théâtre. Concernant celui-ci, ce soir est donné un spectacle avec des pas de deux de ballet classique rendus célèbres grâce au chorégraphe Marius Petipa. La place au tarif unique, accessible à tous, donne accès à un placement libre dans la salle. D’où l’explication de cette queue interminable. Du jamais vu ! Elle allait de la porte centrale d’entrée du Grand Théâtre vers la gauche du théâtre, longeant la voie du tram pour se former en spirale sur la placote jouxtant le jardin.

J’espère que vous suivez mes explications et que vous dessinez en même temps. Pour le moment nous avons le corps arrière de l’escargot, sa coquille et la partie avant du corps avec pour l’instant une seule corne. La seconde corne ou plutôt la troisième queue démarre sur l’avant du corps de l’escargot pour disparaître dans le restaurant nouvellement installé dans le bâtiment du théâtre. Il attire la foule. Et comme dirait une personne sûre d’elle, qui attendait dans la file «  j’aime beaucoup ce restaurant, car on y mange des œufs de poule et ils sont très bons ! » Houlà ! me dis-je en écoutant cette remarque, à part la poule, je ne pense pas que soient servis des œufs de de pintade, de cane ou d’oie. De dinde peut être…No comment ! C’est vrai que faire la queue en plein courant d’air pendant des quarts d’heure pour un oeuf de poule, même très bien cuisiné par un très grand chef et à un prix bien au dessus de la moyenne, je me demande si ces gens ne feraient pas mieux de s’acheter directement une poule ! Je ne faisais qu’écouter. Je n’y suis jamais allé. Peut être que l’oeuf vaut la poule !

Tout à coup, alors que j’étais bien installé dans la plus grande queue, celle qui allait voir le ballet, toutes se mirent à bouger. Celle de la sauce magique diminuait de plus en plus. celle de la corne de mon dessin l’escargot, avide d’un oeuf de poule, avait pratiquement disparue et celle de la grande boucle en forme de crosse d’évêque se rendant à un spectacle de danse avançait  tel le corps de ballet de l’Opéra dans la disparition des cygnes sur le lac, au petit matin.

C’était assez beau et spectaculaire.

En quelques minutes les trois queues avaient disparues !

blog JCM @ 15:57
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Don Carlo à l’Opéra de Bordeaux : un beau catalogue d’images tronqué !

Posté le Vendredi 25 septembre 2015

La version de Don Carlo de Guiseppe Verdi donnée en ce moment à l’Auditorium de Bordeaux me laisse perplexe. Sur les voix il n’y a rien à dire. Un plateau de chanteurs remarquables. Les quelques réserves que nous pourrions faire par ci par là deviennent anecdotiques. Le Chœur de l’Opéra de Bordeaux et le Chœur Intermezzo sont poignants d’expression et de puissance.

L’orchestre, projette au plus loin de la fosse sous le plateau scénique, les rondeurs et émotions souhaitées. Toutefois, je suis un peu gêné par la lenteur de la direction de Paul Daniel, tout au moins pour les deux premiers actes. Aurai-je l’oreille déformée par les nombreuses références discographiques ou scéniques ? Je n’ai pas été captivé pendant la première heure. Par contre pour les deux derniers actes,  tout bascule. Le Chef nous tient. Les chanteurs semblent s’engager un peu plus.

Venons-en à la mise en scène ou plutôt à ce déroulé de tableaux scéniques. Comment le metteur en scène Charles Roubaud a t-il pu être à la fois inspiré et désinspiré ? L’occupation de cet espace scénique, pour une production d‘opéra, est très ingrat. Sur les murs blancs d’un enclos construit autour de la scène et sur celui du fond du bâtiment de l’auditorium, des images vidéos sont projetées (feuillage, statues, cathédrale, prison, etc.). Ces images sont d’une magnifique beauté et s’intègrent comme un gant de satin sur ce fond de salle, encombré de fauteuils, barres de protection, etc. On fini par oublier tout cet encombrement. Seulement patratac, la dernière image que j’avais trouvée lors d’une répétition générale (regard indiscret), comme le clou visuel du spectacle, a ce soir, complètement disparu. Mystère ! D’après ma mini enquête dans les couloirs, j’apprends que le metteur en scène a décidé le jour J de la première représentation, de supprimer ce visuel. Dommage pour le spectateur ! Ce décor visuel final du dernier tableau de l’œuvre, représentait une grandiose croix dorée, la même que nous voyions toute petite en fond de scène au premier tableau, symbolisant le tombeau de Charles Quint. Cette croix projetée était entourée d’immenses candélabres aux cierges allumés et aux flammes vacillantes. Majestueux et efficace. Ainsi, une intelligente boucle était formée entre le premier et le dernier tableau de l’ouvrage. Il est évident que le public n’a pas eu la connaissance de ce changement brutal même si ce regret était évoqué à la sortie par de nombreux spectateurs. Ce soir de première, nous n’avons eu droit qu’à un mur de fond d’auditorium, nu, sans saveur et les sièges en vedette. Lorsque Don Carlo est entrainé par le moine dans les profondeurs du tombeau de Charles Quint, il ne se passe rien, c’est même laid.

Par ailleurs, j’ai été interpellé par les tenues vestimentaires des chœurs, assis sur les gradins face au public. Ils sont habillés avec leurs propres vêtements de tous les jours. Pourquoi pas ! Quels liens avec l’action se passant en tenue historique sur le plateau. Manque de moyens financiers ? Voyeurisme d’un public d’arène de jeux romains ? Témoins des tensions religieuses et politiques de la cour ? Ou tout simplement le miroir de nous, publics assis dans la salle ? La liste est longue. Tout le monde peut y voir ce qu’il veut. Si c’est l’approche de cette dernière interprétation, j’accepte alors cette pauvre, ou plutôt ce manque de direction d’acteurs. Ils se trouvent abandonnés à leur propre destin.  Esseulés sur cette grande scène nue sans aucun accessoire de décor, ils se déplacent de gauche à droite d’une manière répétitive sans aucune intention et émotion. Une Cour d’Espagne qui s’ennuie. Que dire de la jeunesse physique de Philippe II ? Avec un peu plus de noblesse dans les tissus de son costume, une direction d’acteur dans son jeu et un peu de blanc dans ses cheveux, Philippe II aurait pu être le père de Don Carlo…

Malgré les quelques réserves sur la mise en scène proprement dite, rien que pour la palette de chanteurs, les chœurs, les musiciens de l’orchestre et les images-vidéos, il faut courir voir ce Don Carlo bordelais.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 11:08
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