À Nantes : Un Vaisseau fantôme, scéniquement sauvé des eaux !

Posté le Jeudi 6 juin 2019

Il faut être vraiment passionné par les œuvres de Wagner pour avoir osé faire dix heures de train aller retour afin d’assister à une représentation du Vaisseau fantôme – ou Le Hollandais volant ou tout simplement Der Fliegende Holländer pour les puristes -.

Ce voyage épique visait essentiellement la mise en scène des sœurs Rebecca et Beverly Blankenship. Pas de déception, cette scénographie est remarquable. Sur la totalité du plateau est installée une immense piscine noire contenant une vingtaine de centimètres d’eau. Pendant toute la représentation, les artistes des chœurs, les figurants et les solistes se déplacent dans cet élément naturel avec fougue ou précaution. Dans cet environnement aquatique, soit le bruit du brassage de l’eau se fait entendre violemment soit seuls quelques clapotis fixent notre attention. C’est très beau et efficace.

L’amarrage des vaisseaux est symbolisé par des cordes qui descendent des cintres et utilisées par tous les protagonistes comme dans un spectacle de music-hall. Le tableau de Senta est représenté par une immense bobine symbolisant un rouet qui réalise des cordages. Toujours les pieds dans l’eau, les femmes font tourner cette bobine comme le feraient des esclaves. Pour le dernier tableau, des bittes d’amarrage sont alignées sur un côté du plateau. Un quai de port dans un matin brumeux.

La magie de cette mise en scène vient aussi d’intelligents et précis éclairages omniprésents tout au long de l’œuvre ainsi que des fumées imitant les brouillards et les écumes qui enfin ne sont pas diffusés gratuitement comme bien souvent sur les scènes théâtrales. Ici ces fumées ont un sens. Sur un cadre noir en avant scène, le nombre d’années d’errance du Hollandais est symbolisé tout autour par des marquages de barres de comptage.

Le second vainqueur de la soirée est l’orchestre symphonique de Bretagne dirigé par Rudolf Piehlmayer. Il a su doser et maitriser les forces musicales wagnériennes en respectant les petites dimensions de la salle.

Reste les chanteurs. On nous a annoncé une Senta souffrante. Je pense qu’en possession de tous ses moyens elle aurait été une sublime Senta. Elle a de la jeunesse dans la voix, des aigus percutants et très bien projetés. Les attaques un peu timides mais ce soir elle est tout à fait excusée.

Pour la distribution masculine, j’ai beaucoup souffert. Des timbres pas très beaux, certaines voix comme usées, des écarts de justesse, des efforts vocaux inutiles… Quel dommage ! Un Vaisseau fantôme sans belles voix masculines, c’est triste. Les Chœurs des deux maisons lyriques de Nantes et Angers, acteurs permanents, manquent un peu de mordant et d’unisson.

Rien que pour la mise en scène il faut aller voir cette production de Nantes-Angers-Rennes. On s’y noierait presque !

Jean-Claude Meymerit, 5 juin 2019

JCM-Bordeaux @ 17:54
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Les voix de la Walkyrie fendent le ciel bordelais !

Posté le Samedi 18 mai 2019

L’Opéra de Bordeaux, dans l’enceinte de son Auditorium, présente actuellement la Walkyrie de Richard Wagner. Depuis le temps que nous attendons que les volets du Ring refassent leur entrée à Bordeaux, nous y voilà.

Sauf erreur de ma part, la dernière fois que fut donnée la Walkyrie à Bordeaux, c’était au Grand Théâtre en janvier 1987 avec la grande Deborah Polaski dans Brünnhilde et Nadine Denize dans Fricka. Plus de trente ans après, c’est à l’Auditorium, prévue dans une mise en espace – dixit le programme – ou plutôt une mise en scène digne de ce nom avec de très belles images et des jeux scéniques assez exceptionnels. Bien sûr les gradins de la scène prévus pour les concerts symphoniques sont toujours omniprésents, bien sûr les décors ne sont que des panneaux mais la projection d’images psychédéliques suffit à créer l’intensité dramatique de cet opéra. D’autres immenses panneaux miroirs placés sur les côtés apportent une profondeur au tout en multipliant les angles de vues et les couleurs.  D’autres effets de lumière sont présents sur le sol des praticables. C’est beau et très efficace.

Les projections symbolisent la plupart des thèmes musicaux et dramatiques de l’opéra. On y trouve l’œil très coloré d’un loup pendant l’introduction musicale, les anneaux multiples en clin d’œil à la déesse du mariage, aux Nibelungen, au cercle de feu final… Deux scènes m’ont plus particulièrement intéressées : celle ou Fricka apparaît en fond pour confirmer à Hunding que sa demande est exaucée et celle de la scène finale où Wotan reste un instant assis sur le rocher auprès de sa fille endormie. Seule la projection du frêne aux couleurs bleu blanc rouge avec des formes de têtes-statues pendant que Siegmund arrache la lance m’a un peu gênée. Un peu meeting politique !…Tout ce travail précis de mise en scène, nous le devons à Julia Burbach.

Chez les chanteurs, un festival de décibels nous est offert mais pas n’importe quels décibels. Ils sont ceux qui nous émeuvent et nous enchantent, ceux nous transpercent le cœur et l’estomac et qui nous laissent sans voix. Le tout dans un écrin velouté d’émotions.

Cet écrin nous le devons surtout à l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine sous la baguette magique de son chef Paul Daniel. Ses quatre heures wagnériennes nous baignent dans une onctuosité musicale époustouflante. Tout est précis, dentelé, pas d’étirage excessif et tintamarre de cuivres outranciers. Cet Orchestre à lui seul raconte l’histoire fleuve de cet opéra. C’est rare, surtout si je compare avec la production que je viens de voir tout récemment à deux reprises au San Carlo de Naples où l’orchestre a abusé de lenteurs excessives et de tintamarre des cuivres digne d’une fanfare. A Bordeaux, dans ce fleuve de douceur et de violence, des voix incroyables y trouvent place.

En tout premier, les huit Walkyries – élèves sorties tout juste du conservatoire de Bordeaux et chanteuses chevronnées – aux sonorités envoutantes et puissantes, , comment ne pas souhaiter devenir un héros de guerre tombé à la guerre et ravigoté entre les mains – ou plutôt leurs voix -. Le Hunding de Stephan Kocan a toutes les qualités du « méchant » prêt à tout et macho à souhait à la voix de basse profonde, nous fait presque peur. La Fricka de Aude Extrémo, peut être plus voix d’Erda que Fricka, à l‘allure altière de grande déesse, nous offre de magnifiques intonations colorées sorties des profondeurs de sa voix, aux contours envoutants. Evgeny Nikitin dans Wotan, impressionne toujours par sa stature physique et sa présence vocale (*). Très en forme il nous offre un Wotan de haut niveau. Avec Issachah Savage, qui m’a scotché tout récemment dans le Ariane à Naxos de Toulouse, a abordé Siegmund avec une simplicité et une humanité saisissante. Il aime Sieglinde et il le fait savoir par des passages vocaux suaves et engagés. Il fait d’une bouchée son « Wälse ». Sa soeur et son amante Sarah Cambidge est une découverte exceptionnelle. Son timbre nous transporte avec une  projection de voix particulièrement puissante et fruitée qui nous fait vibrer. Quelle voix ! Tout est beau. Si je garde pour la fin la Brünnhilde de Ingela Brimberg, c’est que j’ai une faiblesse pour ce type de voix. Après sa mémorable Elektra sur cette même scène il y a deux ans, elle nous revient rayonnante, énergique, Sa voix n’est jamais forcée, Elle interpelle chaque de coin de notre être et âme avec une voix d’acier aux contours moelleux. C’est une des meilleures Brünnhilde actuelles.

Ouvrons nos fenêtres, regardons le ciel, et écoutons, n’entendez vous pas les chevaux des Wakyries battre le ciel bordelais ?

Jean-Claude Meymerit, 17 mai 2019

(*) Au cours de la soirée du 20 mai, de nombreux spectateurs ont été bouleversés par la prestation du Wotan de Evgeny Ikitin. Ses « adieux à Brünnhilde » furent d’une émotion telle que larmes nous gagnaient. Un immense Wotan.

JCM-Bordeaux @ 17:21
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Ariane et Barbe-Bleue au Capitole de Toulouse : chic et Koch !

Posté le Lundi 8 avril 2019

Magnifique production et éblouissante Sophie Koch ! Du grand art. Décidément le Capitole de Toulouse continue de nous séduire par sa programmation et le choix des protagonistes.

Sur sa scène, c’est dans un décor et des costumes blancs et noir étincèlements sous des lumières affirmées que nous assistons à l’unique opéra écrit par Paul Dukas, pas très connu du grand public. C’est à Stefano Poda que nous devons cette magie, c’est très chic et intelligent.

A part quelques passages écoutés à la volée par-ci par-là, c’est la première fois que je vois cet ouvrage sur scène.

Dans la distribution, j’ai été conquis par la percutante brochette de chanteuses dans les rôles des épouses de Barbe-Bleue. Elles ont une diction parfaite, des voix bien timbrées et surtout bien projetées. Dans les autres rôles féminins il ne faut pas oublier Janina Baechle dans le rôle de la nourrice, qui a chacune de ses apparitions nous charme par sa voix chaude et colorée.

Mais le grand « choK » vient de Sophie Koch. Même si chacune de ses apparitions sur de nombreuses scènes internationales sont des évènements, ce rôle d’Ariane semble avoir été écrit pour elle. Sa voix est en communion permanente avec l’écriture musicale de Dukas et chaque phrasé devient alors une promenade poétique. Elle chante chaque syllabe avec des colorations inouïes et une élégante diction. La projection de sa voix, de la note la  plus grave à la note la plus aiguë est d’une beauté impressionnante avec ce timbre moiré si reconnaissable. Quel rôle ! Deux heures sur scène à chanter.

Vivement Kundry et bien d’autres rôles. On n’ose imaginer lesquels !

Jean-Claude Meymerit, le 7 avril 2019

JCM-Bordeaux @ 21:50
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Manon au Grand Théâtre de Bordeaux : Py aux carrées des dames !

Posté le Lundi 8 avril 2019

Pour cette nouvelle production de Manon de Jules Massenet, Olivier Py a frappé fort. Nous sommes très loin de la petite place provinciale d’Amiens et de la modeste chambre parisienne des amoureux… Avec son approche, le metteur en scène nous projette immédiatement dans la ruelle d’un quartier chaud. – je ne pense pas qu’il s’agisse de la ville  d’Amiens, ça se saurait - Les nombreux hôtels et les tripots aux néons multicolores nous interpellent. C’est grandiose et beau. Après deux lignes extraites du roman de l’Abbé Prévost dite par Des Grieux à l’ouverture du rideau – ou plutôt à l’ouverture du décor – nous sommes plongés dans cet univers de la prostitution et des jeux d’argent magnifiés par de magnifiques décors à la machinerie complexe bien huilée qu’affectionne notre metteur en scène. Je me souviens de son Tristan hallucinant à Angers, son Trouvère sombre de Munich, son Lohengrin imposant de Bruxelles…Chaque fois des visuels à couper le souffle.

Cette production de Manon a été créée à Genève en 2016 et a suscité quelques remous dans le public. Pour être très honnête, pour sa reprise bordelaise j’ai davantage été dérangé par la distribution que par la mise en scène qui se voulait un peu provocante mais assez percutante. Quelques contre-sens avec le livret m’ont gêné mais la force de la mise en scène efface tout. Cependant pour chanter Manon, il faut des voix. Malheureusement elles manquaient un peu à l’appel. A part le magnifique Des Grieux de Benjamin Bernheim qui possède tous les ingrédients souhaités. Il est jeune un peu amoureux gauche mais surtout il possède la voix idéale pour ce rôle. Quelle projection ! Sa voix claire et puissante nous transporte pour notre plus grand plaisir, dans une palette d’émotions éblouissante. Il y apporte toutes les nuances. Il est un grand Des Grieux.

Avec Lescaut, Le Comte Des Grieux, Poussette, Javotte, Rosette nous sommes dans une certaine tradition vocale irréprochable. C’est bien fait et efficace. Une mention spéciale toutefois pour le Guillot de Morfontaine qui s’impose fort bien vocalement et scéniquement.

Reste le cas du rôle titre. Pourquoi les maisons d’opéra continuent d’afficher dans ce rôle des voix trop légères. La mode est venue avec Nathaie Dessay à Genève en 2004. Étant dans la salle, je me souviens qu’elle était dépassée. Avec Nadine Sierra on n’y échappe pas et on n’est pas loin du même constat. Certes, elle possède des atouts immenses. Le timbre est envoûtant, les aigus francs et tenus, son jeu est vrai avec une classe omniprésente tout le long de l’ouvrage. Seulement est-ce la voix d’une Manon ? Qui se souvient de la fraîcheur de Freni dans ce rôle, de l’élégance vocale d’une Andréa Esposito, et surtout de la classe vocale absolue et physique de Renée Fleming sur la scène de l’Opéra de Paris ainsi que celle de Raina Kabaivanska entendue à Bilbao. A Bordeaux on ne peut pas non plus oublier Léontina Vaduva qui, dans ce rôle de Manon, fit sa première apparition en France. Notre Manon bordelaise actuelle manque de cette épaisseur et de voix lyrique sur toute la ligne de chant. Son manque de puissance fini par être un handicap pour l’oreille.

De plus, il me semble aussi que lorsqu’on se trouve face à un metteur en scène de la trempe de Py, il faut que les castings soient à la hauteur. Sinon les chanteurs sont noyés et paraissent encore plus fades. S’ils n’ont pas de fortes personnalités vocales et physiques, les décors, les éclairages et tous les jeux de mises en scènes finissent par prendre le dessus aux dépends des chanteurs.

Jean-Claude Meymerit, le 6 avril 2019

 

JCM-Bordeaux @ 9:10
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Au Grand Théâtre de Bordeaux : Sondra Radvanovsky, le diamant du bel canto.

Posté le Lundi 1 avril 2019

En sortant de la salle, les gens sont sous le choc : « je suis sans voix » dit une dame », « je ne peux pas parler, j’ai besoin de silence « dit une autre dame en s’adressant à son amie, « Eblouissant ! », « Grandiose ! », « Enfin une voix ! », « J’en ai la chair de poule »,…autant de mots qui jaillissent de toutes les bouches. Un public abasourdi par cette immense chanteuse.

Personnellement je ne la connaissais que par les vidéos et les retransmissions. J’étais déjà un inconditionnel.

A l’occasion de ce splendide récital, ce n’est pas l’Opéra de Bordeaux qui la recevait mais c’est elle qui nous « invitait » chez elle dans son écrin. Elle adapte sa voix à tous les contours dorés de la salle, elle s’adresse à chacun de nous en regardant régulièrement le public de gauche à droite et de bas en haut de la salle. Quel immense respect pour ses « invités ». Ne parlons pas de sa voix. Elle est immense, maitrisée dans toute la palette de couleurs et de nuances. Du murmure aux notes les plus aiguës, elle chante. Sa voix solaire et radieuse nous envoûte. A tout cela Sonia Radvanovsky possède une étonnante qualité, un peu trop souvent oubliée dans l’enseignement lyrique, je veux parler de la projection de la voix. Quel modèle pour tous les chanteurs en herbe qui le plus souvent chantent pour leur nombril ou leurs chaussures.

Après une suite de morceaux allant de Caccini à Verdi en passant par Scarlatti, Gluck, Durante, Bellini, Donizetti, Rossini et Puccini, elle nous offre en bis quatre autres airs dont un extrait d’Adrienna Lecouvreur de Cilea, qui chavire la salle.

Pour ce récital mémorable, il ne faut pas oublier son accompagnateur pianiste, Anthony Manoli, qui ne fait, avec virtuosité et complicité, qu’une bouchée de toutes les partitions.

Merci Madame de nous avoir reçu avec autant d’amour !

Nota : Comme je l’ai déjà évoqué très largement dans mon dernier papier sur le récital de Bryn Terfel, une fois de plus ce soir il faut avaler les baratins interminables en anglais de Sonia Radvanovsky entre certains morceaux musicaux. J’en ai marre et c’est insupportable. Pensez à ceux qui ne comprennent pas l’anglais. Thank you !

Jean-Claude Meymerit, le 31 mars 2019.

JCM-Bordeaux @ 16:18
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Au Grand Théâtre de Bordeaux : Bryn Terfel, la grande classe dans la langue de Shakespeare

Posté le Vendredi 22 mars 2019

On s’y attendait. Pour tous les admirateurs de cet immense chanteur, ce ne fut pas la surprise. Il est ce baryton basse qui nous fait chavirer à chacune de ses prestations. Sur scène, tout le monde se souvient de son Scarpia, son Höllander, ses Méphistophélès etc.

Pour Bordeaux, il a proposé un récital bien ficelé et équilibré et surtout très bien rodé pour être présenté sur toutes les scènes du monde. Tout par cœur sans partition sous les yeux. Des mélodies et des chants traditionnels en anglais, allemand et français. Deux airs d’opéra avec les deux Méphistophélès de Boito et de Gounod. La comédie musicale était aussi présente avec l’Opéra de quat’sous, le Violon sur le toit… La salle était ravie. Un show de grande classe étudié, posé où rien ne dépasse.

Pour ma part, je suis resté sur une frustration immense et pas des moindres. Je veux parler de la présentation générale de son récital. Certes, ce chanteur international se produisant sur toutes les scènes du monde ne va pas apprendre la langue de chaque pays où il chante, mais un minimum aurait été le bienvenu.

Ce soir, j’ai eu du mal à accepter qu’entre certaines plages musicales, il évoque sa carrière et les œuvres présentées uniquement en anglais. Dommage, car à en croire les rires exubérants de certains, son texte devait être très humoristique. Pendant ce temps, l’autre partie du public fait grise mine ou se penche vers son voisin pour picorer quelques infos mais comme celui-ci n’a pas tout compris on paraît alors moins idiot à deux. Les plus doués en connaissance de la langue de Shakespeare (ou le faisant croire) s’esclaffent bruyamment. Cette forme d’élitisme est insupportable. Deux poids deux mesures, soit on nous met parfois des surtitrages en français pour Carmen, soit on nous laisse mariner dans notre « inculterie linguistique ».

Monsieur Sir Bryn Terfel, si vous avez conçu votre récital avec de longues plages de parlés, rappelez vous que tout le monde ne connaît pas votre langue. Je sais que ce récital est au format international mais ce n’est pas une fondamentale raison. Ce n’est pas parce qu’on est amateur lyrique que l’on doit connaître cette langue. De plus, tous vos textes chantés en anglais, apparemment très humoristiques, sont tombés dans mes oreilles complètement à plat car de plus, nous ne pouvions pas suivre sur le programme faute de lumière de la salle.

Lorsque Renée Fleming est venue tout récemment donner un récital sur cette même scène bordelaise, elle a souhaité que la salle reste à demi éclairée afin de lire sur les programmes les traductions de ses chants qu’elle saupoudrait de très brèves interventions en anglais. Bravo Madame !

Jean-Claude Meymerit , 21 mars 2019

 

JCM-Bordeaux @ 10:59
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Florian Sempez au Grand Théâtre de Bordeaux, un spectacle à lui seul !

Posté le Jeudi 7 mars 2019

Voir et entendre ce magnifique baryton sur scène est un véritable one man show. Enfant du pays bordelais, tout le monde le connaît et tout le monde l’aime, même si pour certains, « il en fait trop ». Cependant, on ne peut pas rester insensible à sa présence et surtout à sa puissante et séduisante voix. Ce soir au Grand Théâtre de Bordeaux, il a conquit une salle pleine de « supporters ».

Comment ne pas résister aussi à son programme musical. Choix intelligent. Il a débuté son récital par le poème de Ernest Chausson le Poème de l’amour et de la mer. C’était surtout un grand mariage d’amour entre cette voix chaleureuse et les textes poétiques de Maurice Bouchor. Puis vinrent des airs d’opéra de Mozart, de Haydn et de bien sûr de Rossini, avec en bouquet final, l’air de Figaro que Florian Sempez défend avec panache sur de nombreuses scènes lyriques internationales.

En bis, il se défoule avec des airs très drôles dont les paroles légères ont entraîné le public dans de francs fous rires. Il faut le voir jouer avec son cheveux, ses mains, offrant par moment quelques œillades à son public en signe de complicité. En cadeau final il appelle Benjamin Bernheim qui est en répétition à Bordeaux pour Manon, mise en scène par Olivier Py. Ces deux voix aux accents si différents s’unissent à merveille dans un air de l’Elisir d’amore de Donizetti.

Il ne faut pas oublier David Zobel au piano dont les doigts riaient sous l’énergie du chanteur. Monsieur Sempey, merci pour ce magnifique récital.

Jean-Claude Meymerit, 6 mars 2019

Nota : Le public de ce soir m’a assez dérouté. Très calme. Avant le récital et pendant l’entracte, les discussions dans la salle et dans les couloirs se faisaient discrètes, de grands silences planaient. Une ambiance assez monacale. L’ovation après chaque air et au salut final à Florian Sempez démontre que ce public était surtout très sensible au talent fou de ce chanteur.

 

JCM-Bordeaux @ 17:21
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Ariane à Naxos au Capitole de Toulouse : en lévitation pour le duo d’amour.

Posté le Lundi 4 mars 2019

Il est vrai que ce duo final écrit par Richard Strauss est un des plus beaux et un des plus périlleux duo d’amour d’opéra. En ce dimanche après-midi au Capitole de Toulouse, Catherine Hunold et Issachah Savage nous ont offert un moment de lévitation inoubliable.

La mise en scène de Michel Fau, dans des décors et des costumes de David Belugou, n’a fait que surligner cette osmose vocale.

Les voix de ces deux chanteurs sont magnifiques, aux belles inflexions, aux couleurs magiques et aux aigus percutants et soyeux qui nous font hérisser le poil. Catherine Hunold a des aigus de feu. A aucun moment elle crie, elle chante, je ne me souviens pas d’avoir eu une telle sensation émotionnelle avec d’autres Ariane et pourtant quelles splendides Ariane j’ai eu la chance d’applaudir sur certaines scènes lyriques européennes : Deborah Voigt à Bilbao, Katarina Dalayman à Paris, Renée Fleming à Baden-Baden, Eva-Maria Westbroek à Munich… Pour Bacchus, du jamais entendu. Ce ténor habite son personnage avec une voix sonore et puissante, très bien projetée. Vivement son Siegmund à Bordeaux dans les prochaines semaines.

Bravo à ces deux artistes dont leurs voix s’harmonisent à l’excellence. Dans le célèbre duo final de l’ouvrage, nous vibrons avec eux.

Même si cette passionnante production est respectueuse de l’histoire et de l’époque des situations de cet opéra (c’est rare!), j’émets quelques réserves sur certains autres principaux personnages en dehors des trois Nymphes (Caroline Jestaedt, Sarah Laulan, Carolina Ullrich), aux voix puissantes et splendides.

Même si sa voix est belle, Anaïk Morel dans le rôle du Compositeur m’a semblé un peu en retrait aussi bien par son jeu que par sa voix – comment ne pas oublier Sophie Koch dans ce rôle du Compositeur qui est devenu la référence incontournable -. Dans cette production de Toulouse, la Zerbinette de Elizabeth Sutphen manque sérieusement de puissance et d’épaisseur vocales. Aussi, on reste sur sa faim surtout pour son grand air.

Rien que pour le duo de rêve entre Catherine Hunold et Issachah Savage, il faut courir au Capitole de Toulouse.

Jean-Claude Meymerit, le 3 mars 2019

JCM-Bordeaux @ 14:43
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À l’Opéra de Bordeaux : est-ce que la jeunesse suffit à produire un Barbier di qualità ?…

Posté le Samedi 9 février 2019

J’adore le Barbier de Séville de Rossini. Après avoir vu et entendu les deux distributions proposées par l’Opéra de Bordeaux, je reste toutefois un peu sur ma faim. La jeunesse ne suffit pas à donner toute la splendeur et la force que demande cette oeuvre.

Même si l’intelligente et précise mise en scène de Laurent Pelly prend toute son ampleur dans un éclatant et élégant décor, même si Marc Minkowsky endiable toutes les notes et nous entraîne dans des cadences musicales toutes faites de dentelles et d’émotions exceptionnelles, même si le chœur d’hommes s’amuse scéniquement, avec un engagement vocal très remarqué…., DES VOIX de solistes me manquent.

Me manque surtout des Rosine au timbre charnel de mezzo à l’ampleur vocale. Me manque des Comte d’Almaviva au timbre sûr surmontant toutes les difficultés d’agilité vocale. Me manque des Basilio hommes murs au timbre profond et généreux et aux allures inquiétantes.

Dans cette production bordelaise, seuls Carlos Lepore bouillonnant et sanguin nous offre un Bartolo digne des plus grands, Julie Pasturaud, une Berta étonnante à la voix magnifiquement projetée et bien sûr Florian Sempey dans son énième Figaro qui mène la danse avec diablerie, énergie à revendre et une voix époustouflante. Ces trois excellents chanteurs nous font vibrer et on y croit. Dommage que tous les autres chanteurs restent un peu en retrait et sont « un peu verts ». Ils jouent bien, ils chantent bien, ils sont tous jeunes et beaux mais j’ai envie de dire « et alors ? » Cette tendance actuelle dans les maisons lyriques à toujours vouloir programmer dans tous les rôles de cet opéra des chanteurs qui débutent, m’agace assez. Vieillir artificiellement un chanteur pour interpréter Basilio ou Bartolo est assez ridicule et ringard. Le Barbier de Séville est justement un des ouvrages où il faut à la fois des chanteurs jeunes et mûrs. C’est cette mixité qui en fait sa force. Il faut que cet opéra-théâtre soit très bien chanté et très bien joué, le tout avec beauté et engagement et surtout avec des voix sûres.

Lorsque on a eu la chance d’avoir entendu une Jennifer Larmore ou une Karine Dehayes en Rosine, un Rockwell Blake ou un Henri Legay en Almaviva, un Humbert Tomatis ou un Xavier Depraz en Basilio, le Barbier de Séville reprend alors ses lettres de noblesse. Aussi, devrions-nous dire que les castings de nos jours devraient être surtout affaire de Précaution utile ?

Jean-Claude Meymerit, le 9 février 2019

JCM-Bordeaux @ 15:52
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Au Capitole de Toulouse, une Lucrezia, ange plus que démon !

Posté le Lundi 28 janvier 2019

Lorsque Annick Massis apparaît sur scène, sa présence et sa voix éclairent immédiatement le plateau. Peut-on imaginer que notre Lucrezia Borgia de Donizetti toulousaine ait pu assassiner, empoisonner…Impossible.

Annick Massis nous fait aimer son personnage. Cette prise de rôle est une réussite totale voire une performance vocale. Le rôle assez long ne ménage pas l’héroïne et ses phrasés musicaux. L’air final, saupoudré de ruptures allant du grave à l’aigu, est saisissant. Sa voix est toujours d’un éclat, d’une puissance et d’une beauté impressionnants. Ses graves sont projetés et sonnants, ses aigus sont solaires, ses longs phrasés sont tenus et posés. Du bel canto par excellence.

Le reste de la distribution pèche un peu dans tous les rôles et plus particulièrement pour celui de Maffio Orsini. De la place où j’étais on devinez sa voix. Le personnage demande plus de puissance et surtout plus d’engagement. Cette jeune mezzo fait son travail correctement mais rien je transpire. Tous les rôles masculins sont à leur place, même si le duc Alfonso de Ferrare demande un peu de profondeur et Gennaro un peu plus d’homogénéité vocale dans ses airs.

Cette production de Toulouse nous vient du Palais de les Arts Reina Sofia de Valence. Elle est simple et sans artifice inutile. Elle sert vraiment de support à l’ouvrage, en regrettant toutefois que la direction d’acteurs de Emilio Lopez soit assez minimaliste ou voire absente. Giacomo Sagripanti à la baguette enveloppe le tout d’une maitrise et ciselage au service de la musique et des chanteurs.

Etre envoûté l’espace d’un soir par une Borgia, c’est le must !

Jean-Claude Meymerit, dimanche 27 janvier 2019

JCM-Bordeaux @ 14:02
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